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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 00:02

 

 

St-Photius

 

 

ANNEXE II

 

La personne d’Eugraph Kovalevsky, signe de contradiction

 

A la suite de cette conférence, il y eut un débat et des questions posées. L’une d’entre elles –posée par un de nos évêques- était très importante : Pourquoi le P. Eugraph a-t-il rencontré tant d’hostilité ? J’y ai répondu alors brièvement. Mais c’est une question très difficile, à laquelle on ne peut pas répondre en quelques mots, qui dépasse le cadre chronologique de cette conférence stricto sensu (l’évènement qui suscitera le plus d’hostilité et d’incompréhension, à savoir la rupture avec le Patriarcat de Moscou, se passera en 1953) et l’opinion qu’on peut avoir sur une personne comporte toujours une part de subjectivité, surtout si on l’a connue. Voilà pourquoi je la traite en annexe et plus longuement.

 

En préambule, il est utile de rappeler que, comme tous les génies et les charismatiques, Eugraph Kovalevsky a suscité autant d’admiration que d’hostilité, parce que ces personnages constituent en eux-mêmes une remise en question des communautés humaines dans lesquelles ils vivent et sont cause inévitablement de changements, qui sont parfois même des bouleversements, et donc qu’ils dérangent : ils sont presque toujours des signes de contradiction.

 

La 1ère raison, objective, est que la mission qui fut confiée à Eugraph K. par Dieu avait une importance capitale et constituait une remise en cause de toute l’ecclésiologie chrétienne (pas seulement orthodoxe !). Au fond, la véritable finalité était (et est toujours) de refaire l’unité de l’Eglise, mais non selon des pensées d’homme, non selon les concepts habituellement admis dans les milieux ecclésiastiques et chez les théologiens. Cela concerne donc tout le monde, tous les Orthodoxes, tous les chrétiens et même toute l’humanité. Cette « bombe ecclésiologique » ne pouvait évidemment pas passer inaperçue et dérangeait les pouvoirs religieux en place (ce qui est toujours le cas). Le contenu même du message dont il était porteur était totalement nouveau, grave et universel. Or les institutions religieuses en général, et chrétiennes en particulier, sont conservatrices et formalistes. Tout ce qui n’est pas dans la norme (les sacro-saints « canons ») et dans les usages (qui sont en fait des habitudes et que l’on confond souvent avec la Tradition) dérange1.

 

La 2e raison est qu’Eugraph K. ne s’est pas contenté de « penser » de lancer des idées, d’écrire, mais qu’ il osa passer à l’acte, ce qui est rare chez les personnes de génie. Maxime Kovalevsky a bien souligné cet aspect2 : tant qu’on reste au plan de la pensée, des concepts, des idées, on peut dire et écrire à peu près tout ce qu’on veut ; à partir du moment où l’on passe à l’acte, cela dérange et suscite beaucoup d’hostilité. On ne vous le pardonne pas.

 

La 3e raison est constitutive de son être spirituel. Eugraph, depuis son enfance, mettait rigoureusement en pratique un élément essentiel de l’enseignement du Christ : le Seigneur, pendant Ses trois années de mission sur la terre, n’a pas cessé d’enseigner et de montrer par Ses miracles qu’il fallait pratiquer la Loi en esprit et non selon la lettre, qu’il fallait changer son cœur et non d’apparence extérieure. On peut même dire que c’est la raison principale de Sa condamnation à mort : les prêtres, les scribes et les Pharisiens Lui reprocheront violemment de ne pas pratiquer la Loi et de la transgresser, allant même jusqu’à dire qu’Il faisait des exorcismes par le pouvoir de Satan (Baal). Mais l’Eglise, qui est souvent formaliste à l’excès, s’attachant plus aux règles extérieures qu’à l’esprit du Christ, perpétue souvent ce péché des Juifs. Or Eugraph s’attachait toujours à l’esprit des choses et non à leur forme extérieure : c’était une volonté de ressemblance au Christ, un choix spirituel. Et c’était accentué chez lui par le fait qu’ il avait un charisme lié à son « intelligence lumineuse »3 : il savait distinguer d’emblée l’essentiel du secondaire. Il attachait une valeur absolue à l’essentiel, à l’esprit, et y consacrait toute son énergie, et une valeur relative au reste. Cela était d’ailleurs conforme aux principes de la Confrérie Saint-Photius (cf. p.6).

 

(1) J’en parlais un jour avec un vieil évêque russe de mes amis, qui avait très bien connu Eugraph, et il me répondit par une boutade étonnante, mais révélatrice : « Dans l’Eglise, lorsqu’une tête dépasse, on la coupe »…

(2) Dans son livre magistral Orthodoxie et Occident, p.294-296.

(3) Une des expressions utilisées par plusieurs témoins pour caractériser Eugraph. On en trouve un équivalent sous la plume du P. Lev Gillet.

 

Métropole Orthodoxe Roumaine d’Europe Occidentale et Méridionale

- Université d’été 2013-

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Enseignement spirituel

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