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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 01:35



L'higoumène Inès est à la tête de la seule paroisse orthodoxe du Guatemala, le monastère de la sainte et vivifiante Trinité, la "Laure de Mambré", dépendant du Patriarcat d'Antioche. Elle vient d'une famille influente et bien connue du Guatemala, qui a produit de nombreuses personnalités remarquables. Lorsque [alors catholique] sœur Inès eut 36 ans, elle fit un changement radical dans sa vie, en abandonnant un ordre monastique catholique pour devenir moniale orthodoxe.

Le Monastère de la Sainte-Trinité a été fondé par Mère Inès et Sœur Maria Amistoso en avril 1986. En 1989, l'ingénieur Federico Bauer a fait don au monastère d'une parcelle de terrain sur les rives du lac Amatitlan, non loin de la ville de Guatemala. Le terrain est à 1188 mètres d'altitude et il est situé près de Pacaya, un des volcans les plus actifs d'Amérique centrale.

Le jour de Saint Nicolas le Thaumaturge, en 1995, "l'Acte de création d'une Eglise orthodoxe au Guatemala" a été signé par l'évêque (maintenant Métropolite) Antonio (Chedraoui) du Mexique, du Venezuela, d'Amérique Centrale et des Caraïbes (du Patriarcat d'Antioche), et aussi par la supérieure du monastère, Mère Inès, ses religieuses, et 25 paroissiens.

Des bâtiments ont été érigés sur le site donné par Federico Bauer et la consécration du monastère a eu lieu en Novembre 2007, avec 18 clercs participants, qui sont venus au Guatemala spécialement pour cette occasion.

L'iconographie de l'église du monastère est faite par des maîtres russes de l'École internationale de Peinture d'Icônes, fondée à la fois dans la ville de Kostroma, en Russie et aux USA.

En 1996, le gouvernement du Guatemala a donné au monastère le contrôle d'un orphelinat construit pour accueillir 800 enfants, la "Maison de Rafael Ayau" dans la capitale du pays, Guatemala City. A présent, il y a un peu plus de 100 garçons et filles, depuis les nouveaux-nés jusques aux adolescents de 16 ans. Les travailleurs de l'orphelinat donnent aux enfants une éducation secondaire et les familiarisent avec les concepts orthodoxes de base. Ils leur donnent aussi des compétences professionnelles. Bientôt, l'orphelinat sera déplacé vers le monastère.

En Février 1997, l'église de la Transfiguration du Seigneur a été bénie dans le bâtiment de l'orphelinat. En l'absence d'un prêtre, les services sont dirigés par un Lecteur. Deux choeurs d'enfants chantent d'une manière antiphonique, où un choeur chante une strophe, puis l'autre chorale chante la strophe suivante. Les bénédictions et le congé sont lus par Mère Inès. La paroisse est composée des Guatémaltèques, d'Arabes, de Grecs, de Russes et d'Ukrainiens.

Le Monastère de la Sainte-Trinité a d'assez grandes exploitations agricoles, où les lapins et les poissons sont élevés et où poussent les légumes. Tout ce qu'ils produisent va à l'orphelinat.

En Juillet 2009, Mère Inès est venu en Russie pour visiter les lieux saints et d'élargir ses liens avec l'Eglise orthodoxe russe. L'higoumène était accompagnée de Sœur Maria et de deux adolescents de l'orphelinat.

Higoumène Inès, Sœur Maria avec Reina et Edgar Rolando

Cette conversation avec Mère Inès a eu lieu au cours de cette visite, lors d'un voyage du MonastèremSretensky à la Laure de la Sainte-Trinité-Saint Serge.
 

- Mère Inès, comment avez-vous fait connaissance avec la foi orthodoxe?

- Quand j'avais 20 ans, je suis devenue religieuse catholique, et je suis entrée dans un monastère sous l'ordre de la Dormition de la Sainte Mère de Dieu. On m'a donné à lire les conversations de saint Séraphin de Sarov avec Nicholas Motovilov, et les textes de la Liturgie Orthodoxe. Ce que j'ai lu m'a étonné au plus profond de mon âme. Une des religieuses m'a montré plusieurs icônes orthodoxes, y compris une reproduction de la Sainte Trinité d'André Roublev. Je fus intéressée, et je brûlais du désir de trouver les racines de tout cela. Dès cette époque, j'ai commencé à dire la "Prière de Jésus" [ Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur"].

J'ai étudié la théologie pendant dix ans avec la Salésienne du Guatemala, avec les moines du Saint Esprit au Mexique, avec le célèbre théologien Jean Daniélou en France, et avec les jésuites en Belgique et au El Salvador. J'ai continué à être gênée par une question: où sont ces trésors à découvrir que j'ai rencontrés au début de ma vie monastique? Une fois, à Bruxelles, la religieuse qui était en charge de ma croissance spirituelle m'a amenée à une office pascal russe. Il avait lieu dans une chapelle au deuxième étage d'une maison privée, mais même alors, je n'ai pas trouvé de réponse à ma question.

Je ne voulais pas servir en Amérique latine: en ces années, en raison de la propagation de la "théologie de la libération", les relations Eglise-gouvernement étaient mises à rude épreuve. J'ai reçu la permission d'aller aux Philippines. Là, à mon grand étonnement, j'ai rencontré encore plus de sœurs de la Dormition, qui cherchaient à obtenir la même chose que moi. Nous avons découvert les catholiques de rite oriental, et nous avons envisagé la réforme de notre communauté pour utiliser le rite oriental. Malheureusement, la plupart des soeurs quittèrent la communauté, et plusieurs se sont mariées. Seuls les autochtones philippines Soeur Maria et moi-même sommes restées. Les sœurs de mon ordre, qui a une grande influence aux Philippines, m'ont demandé de quitter le pays, car ils pensaient que je répandais des idées révolutionnaires.

Je suis allée à Jérusalem, où je me suis finalement entrée en contact avec de la véritable orthodoxie. Soeur Maria est venue vers moi depuis les Philippines, et ensemble nous avons voyagé à travers la Terre Sainte, nous avons commencé à apprendre les différents offices liturgiques, et nous avons parlé à des prêtres.

- Comment votre famille a-t-elle pris votre conversion à l'orthodoxie?

- Mon père est un homme très instruit, mais quand je lui ai dit que je voulais rejoindre l'orthodoxie, il a déclaré: "Que veux-tu dire? Cela n'existe pas dans la nature! "Néanmoins, notre conversation l'a intrigué. Quelques semaines plus tard, papa s'est rendu en Turquie. Quand il y arriva, il fit signe à un taxi, et dit au taxi de l'emmener dans une église orthodoxe, où il pouvait voir un office orthodoxe. Après cela, il se rendit en bateau en Terre Sainte, où il a fait la même chose. Depuis lors, l'orthodoxie est devenue pour lui une réalité.

Ma mère a appuyé ma décision tout de suite. Elle était intéressée par la Russie, et avait beaucoup lu à son propos. Elle avait lu un livre sur les activités de l'Eglise orthodoxe russe en Alaska avec grand intérêt. Lorsque l'évêque d'Antioche Antonio Chedraoui, au cours de sa première visite au Guatemala, a reçu des Arabes dans l'orthodoxie, ma mère s'est aussi décidée et lle a été reçue dans l'Église orthodoxe par chrismation. Plus tard, mon père est également devenu orthodoxe.

- Comment avez-vous rejoint l'Eglise d'Antioche?

- Sœur Maria et moi avons décidé de former un monastère orthodoxe au Guatemala. En route vers Israël, nous nous sommes arrêtés dans la ville suisse de Chambésy [non loin de Genève], où nous avons rendu visite au Métropolite de Suisse Damaskinos Papandreou (Patriarcat de Constantinople). Il a béni l'ouverture de notre monastère, et a dit que nous devions adhérer à une juridiction de l'un des patriarcats orthodoxes. Cela n'était pas facile. Les Eglises orthodoxes qui avaient alors une présence en Amérique latine, n'avaient pas d'intérêt particulier pour la population locale. Le Patriarcat de Constantinople, servait les Grecs, le Patriarcat d'Antioche les Arabes, le Patriarcat de Russie les Russes. C'est seulement après avoir demandé pendant dix ans, que nous avons été acceptées par le Métropolite Antonio (Cherdaoui) de l'Église d'Antioche.

Pour l'enregistrement d'une paroisse, nous avions besoin de 25 signatures de citoyens guatémaltèques. Nous n'avions pas autant de paroissiens. Donc mes parents, les proches d'une autre monialee, Sœur Ivonne, et nos amis ont également signé la demande.


- Pourquoi votre collectivité a-t-elle choisi le style russe ancien pour la construction de votre église?

- Nous aimons sincèrement la Russie et l'Eglise orthodoxe russe. Les croix sur nos coupoles sont byzantines, mais tout le reste est russe: l'architecture, les icônes et les fresques. Les gens, quand ils voient les coupoles russes, comprennent tout de suite qu'il y a une église orthodoxe devant eux. Notre paroisse tient à des traditions russes dans les offices, elle garde le calendrier julien, et les moniales portent l'habit monastique russe.

- Où se trouve le monastère?

- Nous avons construit le monastère à 20 km de Guatemala City, au sommet d'une colline. Autour de nous il y a des bois, et non loin de là, le lac Amatitlán. C'est un endroit très beau, même si c'est vrai que ce n'est pas tout à fait approprié pour un saint monastère parce que nous sommes très près de la ville et que nous rencontrons les problèmes qui existent dans n'importe quelle banlieue d'une grande ville d'Amérique latine: la surpopulation et le trafic de drogue .

- Combien de moniales y a-t-il?

- Trois sœurs vivent dans le monastère. A part moi, il y a Soeur Maria Amistoso, qui est originaire des Philippines, et Soeur Ivonne Sommerkramp qui est venue au monastère cinq ans après sa fondation. Elle est Guatémaltèque d'origine allemande. Auparavant, nous avions plus de religieuses.

- Qui fait les offices?

- Nous n'avons pas de prêtre permanent pour le moment. Deux fois par mois, des groupes de missionnaires et des bénévoles viennent de lieux tels que les USA, la Norvège, le Japon et d'autres pays, et ces groupes ont toujours un prêtre avec eux. Des prêtres russes ont également été avec nous: l'Archiprêtre Basile Movtchanouk, responsable de l'église de Saints Pierre et Paul à Yartsevo, dans la région de Smolensk, et l'Archiprêtre Igor Kropotchev, assistant pour le Département missionnaire du diocèse de Kemerovo.

Catholicon du Monastère

- Parlez-nous de l'orphelinat du monastère, s'il vous plaît.

- Notre orphelinat, le plus ancien et le plus important de notre pays, est situé en plein cœur de la ville de Guatemala. Mon ancêtre, Rafael Ayau, l'a créé en 1857. C'était un philanthrope et un homme très pieux. Des moines de l'organisation caritative "Caridad" [Charité] ont pris le contrôle de l'orphelinat de [mon ancêtre] Don Rafael quand, de France, il les a invités à le faire. En 1960, le gouvernement a expulsé les membres de "Caridad", et le gouvernement lui-même a pris soin de l'orphelinat. Après 40 ans, le président Alvaro Arsu a cédé le contrôle de l'orphelinat, qui était dans un état lamentable, à notre monastère. Il est peu probable que tout autre politicien aurait fait cela: ils ont peur des orthodoxes. Arsu n'avait pas peur, parce qu'il y avait des orthodoxes dans sa famille.

En raison des changements dans les lois sociales, notre orphelinat a commencé à ressembler davantage à un pensionnat. En douze années, plus de 1000 enfants issus de familles pauvres et défavorisées sont passés par notre orphelinat. Tous sont élevés dans l'esprit orthodoxe. Beaucoup d'entre eux retournent vers leurs parents, mais ne rompent pas leurs liens avec le monastère, et continuent à aller à la Liturgie du dimanche. Plus de 300 de nos orphelins ont été adoptés par des familles orthodoxes, principalement aux USA.

L'ambassadeur de Russie au Guatemala, Nicholas Vladimir, m'avait dit que le gouvernement russe accorde des bourses pour l'enseignement supérieur en Russie pour les jeunes des autres pays, et nous avons profité de cette possibilité. Deux de nos enfants, Reina et Edgar Rolando, sont venus avec nous à Moscou. Ils vont commencer à étudier l'informatique et l'ingénierie dans une université russe en septembre.

- Comment sont vos relations monastère avec l'Eglise catholique?

- Nous avons une attitude accueillante et chaleureuse envers eux, mais l'Eglise catholique a tranquillement mené la guerre contre nous, avec circonspection, en cachette. Par exemple, après que nous avons envoyé notre demande d'enregistrement de la paroisse au Ministère Guatémaltèque des Affaires étrangères, nous n'avons pas su ce qu'elle était devenue pendant plusieurs années. Quand le président Arsu a demandé au monastère de prendre l'orphelinat sous son aile, je lui ai dit que nous ne pouvions pas le faire, parce que nous n'avons pas d'existence officielle. Le président a confié à son avocat le soin de résoudre le problème. Il s'est avéré que nos documents étaient restés tout le temps dans la curie, les catholiques les avaient escamotés. Heureusement, le président Arsu a ensuite donné, par décret spécial à la Paroisse de la Sainte-Trinité, le statut d'un organe juridictionnel.

Les confessions protestantes, dont il existe des centaines à présent, n'inquiétent pas les catholiques. L'Orthodoxie leur fait peur. Il y a plusieurs raisons à cela, mais, la raison principale est que la hiérarchie catholique craint que l'Eglise orthodoxe ne convertisse une partie de leur troupeau. Le cardinal du Guatemala l'a admis devant l'ambassadeur de Russie.

Néanmoins, il est impossible d'échapper au contact avec l'Eglise catholique. Le catholicisme domine le Guatemala. Mon père est une personne publique, j'étais religieuse catholique pendant 16 ans, le cardinal est le cousin de mon parrain, et il me connaît depuis l'enfance.

- Quelles sont les perspectives de l'orthodoxie au Guatemala, à votre avis?

- Je suis convaincu que l'Orthodoxie a un grand avenir dans notre pays. Deux prêtres,l'un il y a 20 ans, et un autre récemment [d'une manière non officielle] se sont convertis du catholicisme à l'orthodoxie, et ont amené leurs brebis avec eux. Au total, c'est plus de 100.000 personnes. Ils se considèrent comme orthodoxes, mais ils n'ont pas été officiellement joints à l'Église orthodoxe, et, d'après mes observations, ils savent très peu de choses du christianisme oriental. Parmi eux se trouvent des ladinos (descendants des Espagnols) et des Indiens. Les deux groupes ont l'intention de demander à entrer dans l'Église Orthodoxe Russe.

- Quelles sont vos impressions de votre visite en Russie ?

- Je n'ai pas de paroles pour décrire les sentiments que je ressens lorsque je suis ici. Je suis étonnée de tout: l'architecture et la décoration intérieure des églises et des monastères, l'architecture des cités et des villes, la nature [faune et la flore]... Je remarque surtout la piété du peuple, sa foi profonde, qu'il a préservée durant des décennies de régime communiste athée.

Entretien réalisé par Miguel Palacio.

Version française Claude Lopez-Ginisty d'après

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