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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 17:35
24 mai 2010
Par Jean Pierre Arrignon 

Jean-Pierre Arrignon est professeur honoraire des universités. Historien, spécialiste du monde slave et de l’histoire médiévale, il enseigne à l’université d’Artois ainsi qu’à l’Ecoles des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS).

 

 

Quand le prince russe Vladimir (978-1015) choisit de se convertir au christianisme byzantin en 988/989, le pays qu’il domine la Rus’ de Kiev n’est qu’un vaste territoire qui s’étire du Nord au Sud, de la Baltique à la mer Noire, le long de l’axe fluvial Volkhov/Dniepr. Ce vaste territoire est partagé entre des tribus païennes composites où vivent côte à côte, des Slaves, des Varègues et aussi des Finno-ougriens. Ces tribus partageaient un panthéon commun dont la divinité majeure, Péroun, était liée au culte de l’orage et de la foudre, culte largement répandu dans le monde slavo-balte et chez les indoeuropéens. Pourtant, le culte païen ne parvint pas à unifier les diverses tribus slaves autour du prince Vladimir. C’est donc vers le christianisme que ce dernier va se tourner pour réaliser l’unification des tribus slaves autour de la dynastie des Rurikides.

Cette conversion s’inscrit dans une conjoncture extrêmement favorable dont dut tirer profit le prince russe. En effet, Dans la « Ville gardée de Dieu », Constantinople, la dynastie macédonienne, représentée par les coempereurs Basile II (976-1025) et Constantin VIII (976-1028) est aux abois face au soulèvement de l’aristocratie byzantine conduite par le général usurpateur Bardas Phocas. Les empereurs légitimes, s’appuyant sur les célèbres traités byzantino-russes conclus en 907/911, 944 et 971, décident alors d’appeler à l’aide le lointain mais puissant voisin Vladimir de Kiev. Ce dernier sait profiter de cette situation pour obtenir des empereurs la promesse de lui donner pour épouse, leur sœur porphyrogénète, Anne et la création d’une métropole indépendante à Kiev sous l’autorité du patriarche de Constantinople contre son baptême et son intervention militaire. La victoire décisive de Chrysopolis (988) remportée par les Russes, sauve la dynastie byzantine et scelle l‘entrée de la Rus’ dans l’oikouménè byzantine. Ces événements ont bien sûr suscités de nombreux récits légendaires postérieurs comme le célèbre récit du choix des religions !

Le baptême entraîne la destruction des idoles et des temples païens et la construction des premières églises dont la célèbre église de la Mère-de-Dieu dite de la Dîme, construite par Vladimir et consacrée en 992 et bien sûr Sainte-Sophie élevée par son fils, le prince Jaroslav le Sage (980-1054), à Kiev, en 1017. Le premier métropolite, Théophylacte de Sébaste, transféré de son siège de Sébaste à Kiev (988-avant 1018), eut pour successeur des Grecs en raison de leur compétence et des garanties qu’ils étaient en mesurer d’offrir encas de conflit. Deux d’entre eux d’origine russe, Hilarion (1051-1054) et Clément Smoliatič (1147-1155) sont célèbres pour leurs œuvres littéraires.

L’église russe est donc concomitante de la genèse du premier Etat russe, la fameuse Rus’. C’est pour cette raison que l’église russe a servi tout au long de l’Histoire de symbole de l’unité de la terre russe. En effet, la terre russe, la russkaja zemlia est aussi orthodoxe/pravoslavnaia. Quoiqu’il arrive à cette terre russe, qu’elle devienne un Ulus/ une partie de l’empire mongole des gengiskhanides ou qu’elle entre pour partie dans l’Etat polono-lituanien aux XIVe s. ou dans le Reich nazi en 1941, cette terre russe garde son identité, elle est orthodoxe et le restera. Dès lors, l’orthodoxie s’inscrit dans la tradition de l’Histoire russe comme la garante d’une permanence spatiale quelles que soient les avatars que subissent cette terre à l’échelle du temps des hommes qui n’est pas le temps de Dieu ! Dans ce sens les sept décennies de communisme ne sont qu’un épiphénomène dont la portée historique est par essence limitée. Aussi, tout naturellement, la liberté retrouvée, l’église russe a repris sa place naturelle au sein de l’Etat, conformément à l’héritage byzantin. La symphonie du pouvoir et de l’église résonne à nouveau dans l’espace des cathédrales de Moscou, signe d’une identité retrouvée et d’une appartenance assumée.

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Published by Eglise Orthodoxe : Cathedrale Saint Irenee - dans La vie de l'église

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