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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 02:35


L'Eté éternel

(2004)

 

Depuis aujourd’hui, tous les chrétiens se retrouvent dans le Temps de l'Avent. Pour les catholiques romains et les réformés, ce dimanche-ci est le premier dimanche de l'Avent. Pour les orthodoxes occidentaux que nous sommes, c'est le troisième dimanche de l'Avent, car les restaurateurs de notre liturgie, l'ancienne liturgie des Gaules, ont restauré également l'ancienne pratique des Gaules – qui était aussi celle de l'Espagne chrétienne, dite wisigothique ou mozarabe, et encore celle de Milan – d'un Avent d'une durée égale à celle du Carême, soit quarante jours ou six dimanches, et assorti de prescriptions pénitentielles semblables, comme le jeûne. Là, nous sommes très proches des Orthodoxes orientaux qui pratiquent dans le même esprit ce qu'ils appellent « le Carême de Noël », qui débute le 15 novembre.

Qu'est-ce donc que l'Avent ? Je voudrais vous en expliquer le sens spirituel.

« Avent » vient du latin Adventus, qui signifie « avènement », « venu » - en grec « Parousie ». Ce que nous célébrons, en nous efforçant de nous y préparer, c'est la venue, l'avènement du Christ en ce monde.

Quelle venue ? Quel avènement ? Eh bien, les deux.

Le premier avènement du Christ, c'est sa venue dans l'humilité, dans l'obscurité, dans le silence, pour ainsi dire à l'insu de tous – à l'exception des cœurs simples : les bergers, et des esprits remplis de sagesse : les mages, sans oublier le chœur des anges. Ce premier avènement, c'est la Nativité, cette fête de Noël qui était, jusqu'il y a peu, par excellence la fête des enfants, parce qu'ils ont l'âme innocente ; la fête de l'enfant-Dieu devenu enfant-Homme parmi les autres enfants-hommes. Constatons que le paganisme triomphant de notre siècle a presque totalement vidé cette fête de sa substance : elle est devenue la fête des pères Noël, des sapins et des grands magasins. Elle est devenue, c'est un comble ! la fête de la consommation et du gaspillage...

Il est clair, pour les esprits simples, ou simplifiés, désencombrés, que le temps de l'Avent est l'attente et la préparation de Noël, de la naissance selon la chair, selon notre chair, du Verbe et Fils de Dieu fait homme comme nous.

A cela on peut objecter en s'étonnant : pourquoi attendre et préparer un événement qui a déjà eu lieu ? Car enfin, historiquement, plus personne ne le conteste, Jésus est bien né de Marie il y a quelque 2 000 ans. Et si l'on rajoute à la réalité historique l'affirmation dogmatique, on dira : le Fils de Dieu, Verbe incarné, est né de la Vierge Marie il y a quelque 2 000 ans. Il est né, c'est une réalité. Il est mort sur la croix, c'est une réalité. Il est ressuscité, c'est une autre réalité. Pourquoi donc attendre encore ?

Pour une bonne et simple raison : cette réalité historique et dogmatique est-elle vraiment une réalité existentielle et vitale pour chacun de nous, ici et maintenant ? Autrement dit, la naissance du Christ, Verbe de Dieu, a-t-elle une influence déterminante sur notre vie quotidienne ? A-t-elle opéré un changement fort et durable dans notre comportement de tous les jours ?

Autrement dit encore, et de façon plus précise : le Christ est-il né en nous ? L'apôtre Paul s'écriait : « Ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi ! » En sommes-nous là ?Interrogeons-nous et répondons en conscience...

Si nous en sommes là, si peu que ce soit, nous sommes sur la voie de la sainteté. Mais il y a, je pense, encore beaucoup à faire, et cela pour nous tous. Chose étrange, mais seulement en apparence, plus on avance sur la voie de la sainteté, et plus on découvre combien il y a à faire, combien de chemin il reste à parcourir, et cela tout simplement parce que la conscience s'éveille et progresse en lucidité.

D'où l'utilité en quelque sorte pédagogique de périodes comme l'Avent ou le Carême. La piété chrétienne n'a que faire des commémorations de faits du passé du genre des cérémonies civiques devant les monuments aux morts ou les statues des grands hommes. La piété chrétienne consiste à rendre présent à notre esprit et à notre cœur Celui que j'appellerai l'Eternel Présent, Dieu-avec-nous, ce qui se dit en hébreu Emmanuel. En d'autres termes, à faire que nous devenions présents (nous) au Présent (Lui).

Et pour cela, il faut que, intentionnellement, volontairement, activement, nous nous conformions aux mœurs de Dieu, aux mœurs de la Divine Trinité, comme disait saint Irénée.

Dans cette perspective, une période comme l'Avent est l'exacte transposition de cette longue période d'adaptation et d'accoutumance réciproques de Dieu aux hommes et des hommes à Dieu, comme disait toujours saint Irénée, en quoi ont consisté les millénaires qui ont précédé la naissance du Christ, son premier avènement. Ces millénaires qui séparent la chute du premier Adam de la venue du nouvel Adam, ils sont un immense Avent.

C'est la raison pour laquelle, dans toutes les liturgies de l'Avent, sont récapitulés nommément tous les patriarches, juges, prophètes, tous les justes de l'Ancienne Alliance jusqu'à saint Jean Baptiste le Précurseur, qui ont précédé et préparé la venue du Messie, Jésus, fils de Marie. Par là-même l'Eglise nous transporte en esprit parmi eux. A nous de faire que cela soit en toute conscience, d'une façon spirituellement active, afin que le Christ naisse de nouveau en nous.

Là encore on pourra m'objecter : c'est déjà fait, par le baptême. Oui, absolument. Et la caractère du baptême – c'est-à-dire le sceau (c'est le sens du mot « caractère ») imprimé sur notre personne est ineffaçable. Mais la grâce du baptême ? Combien de fois l'avons-nous reniée ? Combien de fois, par là, avons-nous expulsé Jésus le Christ de ce temple qui est le sien et que nous sommes, chacun de nous ? Il faut de toute nécessité lui faire de nouveau place nette en notre for intérieur dans l'attente – et cette fois c'est bien d'un événement à venir qu'il s'agit – de son second et glorieux avènement.

C'est ce second avènement que nous préparons, simultanément avec le premier, durant l'Avent, et que nous célébrons ce dimanche-ci.

Quel est cet avènement ? Celui du Fils de l'Homme : pas celui du Fils de Dieu, mais, j'y insiste, celui du Fils de l'Homme. C'est le triomphe de l'Homme restauré dans sa gloire et sa puissance premières, de l'Homme rétabli dans sa dignité et son honneur, de l'Homme redevenu parfait, et même plus que parfait ; car, selon l'enseignement des Pères, Adam, qui avait été créé en état d'enfance, a acquis par et dans le Christ sa stature d'homme adulte, dont parle saint Paul.

J'y insiste : celui qui revient en gloire et avec grande puissance, c'est celui en qui la divinité et l'humanité sont désormais unies indissociablement, Dieu parfait et homme parfait, selon la définition de Chalcédoine.

Et c'est à cette mesure-là - « mesure d'homme », comme il est dit dans le prophète Ezéchiel et dans l'Apocalypse – que nous serons mesurés.

Or il n'est qu'une seule mesure : c'est l'amour. Tout ce qui n'est pas de l'amour, tout ce qui n'est pas amour en nous, sera brûlé au feu de l'Amour et réduit à néant.

Mais ce ne sera pas du tout la fin, ce sera une fin et un recommencement. « Les cieux et le terre passeront » : pourquoi ? Lisez la Genèse : ils sont sortis pleins de beauté des mains du Créateur (« Et Dieu vit que cela était beau ») ; et ils continuent à être remplis de la gloire de Dieu et à la chanter.

Oui, mais ! La désobéissance de l'homme, roi de l'univers, a entraîné toute la création dans sa chute – lisez toujours la Genèse. C'est pourquoi la création tout entière, nous dit l'apôtre Paul, attend avec un ardent désir sa délivrance de la « servitude de la corruption », qu'elle obtiendra en ayant part à « la liberté glorieuse des enfants de Dieu ».

La pollution est à la mode, la protection de l'environnement aussi. C'est un avatar, une forme dégradée de cette intuition profonde et juste, que le péché de l'homme a souillé la nature et continue de la souiller.

La glorification de l'homme entraînera donc aussi le rétablissement de la création dans sa beauté et son innocence premières, la gloire de l'Homme nouveau fera la gloire des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. Ce sera une création renouvelée, comme après le déluge.

Ce renouvellement et cette gloire ne pourront être obtenus, c'est l'enseignement que l'Eglise nous répète inlassablement dans tous les textes évangéliques et prophétiques de ce temps, qu'au prix de souffrances angoissantes, au prix du passage par la mort de tous et de tout.

Mais cette mort n'est pas pour la destruction et l'anéantissement – sauf pour ceux qui auront choisi le néant du non-amour. Cette mort est pour la résurrection et la vie qui ne finira jamais, non plus seulement dans la familiarité de Dieu, comme Adam, mais dans l'intimité de la Divine Trinité.

Mettons donc à profit ce temps, « rachetons le temps », pour mourir, autant que nous pouvons, à nous-mêmes, et nous préparer comme une fiancée pour nos noces avec le Dieu Tri-Unique, à qui soient honneur, gloire et action de grâces aux siècles des siècles. Amen.

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Homélies

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