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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 07:02
Reportage Libération.fr

L’Etat compte taxer les avoirs du culte orthodoxe, dont la fortune échappe à tout contrôle.

 

 

Par JEAN QUATREMER Envoyé spécial à Athènes

 

Hydra est une île que la bourgeoisie athénienne investit chaque week-end. Le prix du mètre carré y est l’un des plus élevés du pays . Difficile de trouver une maison à moins d’un million d’euros, surtout près du port… Les habitants estiment que 60 à 70% des logements situés de part et d’autre de l’église et du monastère appartiennent à l’Eglise orthodoxe. «C’est elle qui a les plus gros comptes dans les deux banques de l’île», assure même Aristide, qui a ses habitudes à Hydra.

Riche et puissante, l’Eglise orthodoxe grecque l’est assurément dans un Etat dont elle n’est pas séparée. Ce qui n’empêche pas l’avarice. Un vent de révolte souffle depuis que le gouvernement, à la recherche d’argent frais, souhaite que les revenus de l’Eglise soient imposés. Pourtant, on reste très loin de la nationalisation sans indemnité de ses biens envisagée en 1987 par le père de l’actuel Premier ministre, Andréas Papandréou ; projet abandonné sous la pression de la rue, que l’Eglise a su mobiliser. Il s’agit cette fois de soumettre les revenus de l’exploitation des biens fonciers à un impôt de 20% et de taxer de 10% les legs immobiliers ; 5% seulement pour les dons en espèces - la quête du dimanche. Seuls les monastères du mont Athos, une presqu’île dans le nord de la Grèce, échapperont à cette réforme, leur territoire bénéficiant d’un «statut spécial». Un bon tiers des métropolites (archevêques) ont demandé au président du Saint-Synode, le patriarche d’Athènes Hiéronimos II, de convoquer une session plénière de l’épiscopat.

Sacrifices. Alors que le gouvernement grec vient de toucher la première tranche d’aide du plan UE-FMI (20 milliards d’euros), il est peu probable qu’il recule sur cette réforme symbolique quand des sacrifices sont imposés à la population. Même si l’Etat grec a déjà démontré dans le passé qu’il était incapable de percevoir un impôt sur l’Eglise, faute d’instrument de contrôle efficace… C’est pour cette raison que le Premier ministre socialiste Konstantinos Simitis a supprimé, début 2004, l’impôt qui frappait les revenus de l’Eglise depuis 1945. A l’époque, alors qu’éclatait la guerre civile, «le gouvernement avait voulu s’assurer la fidélité des prêtres en prenant en charge le paiement de leurs salaires en échange d’une taxe de 25% sur le revenu des paroisses», raconte Yannis Ktistakis, spécialiste des questions religieuses. Mais cet échange de bons procédés n’a pas fonctionné: «L’Eglise a déclaré de moins en moins de revenus et les 25% n’ont plus rapporté grand-chose. Pendant la dictature des colonels [1967-1974, ndlr], l’impôt est passé à 35%, mais cela n’a rien changé.»

Résultat : alors que les 11 000 prêtres coûtaient en 2003 au budget de l’Etat - celui de l’Education nationale, leur ministère de rattachement - 255 millions d’euros en salaires et pensions, l’impôt sur les biens de l’Eglise ne rapportait que 17,6 millions. D’où le «cadeau» de Simitis. Reste qu’en 2010, le coût pour l’Etat est passé à 315 millions, à peu près le budget du ministère de l’Environnement (369 millions). Même si les popes sont touchés par la rigueur frappant les fonctionnaires (suppression des 13e et 14e mois), la charge est importante.

Reste à savoir à quoi s’appliquera ce nouvel impôt et combien il rapportera, en imaginant que les services fiscaux deviennent efficaces. Car il n’existe aucun chiffre fiable sur la fortune de l’Eglise, qui ne publie pas de bilan. En 1987, lorsque le gouvernement avait préparé une loi d’expropriation, le chiffre de 3 milliards d’euros avait été avancé. «Faute de chiffres certains, remarquons qu’il y a des monastères, comme ceux du mont Athos, qui sont vraiment très riches, et d’autres qui possèdent seulement des terres sans valeur», tempère Ktistakis. Quant aux revenus, c’est aussi le flou artistique. Le quotidien grec Kathimerini a publié un rapport interne de l’Eglise portant sur 2008 : 11,5 millions de revenus (locations, investissements) et 20 millions de legs. Nicos Alivizatos, professeur de droit constitutionnel, rappelle qu’aux «alentours de 1850, le nouvel Etat grec a décidé de distribuer aux paysans une partie des terres cultivables de l’Eglise. En échange, elle a obtenu la non-taxation de ses revenus, un privilège fiscal jusqu’en 1945». Puis l’Etat a décidé de saisir à nouveau une partie de ses terres agricoles, en échange d’immeubles. C’est ainsi que le siège du ministère de l’Agriculture, à Athènes, appartient à l’Eglise…

Exemple. Pourtant, une majorité de métropolites estime qu’il sera difficile à l’Eglise d’échapper à la solidarité nationale. A l’issue de la fête de Sainte-Irène, à Palea Fokea, dans le sud-est de l’Attique, le métropolite Nikolaos de Mesagaias a expliqué à Libération que «l’Eglise ne devrait pas être exemptée d’impôt au moment où tout le monde est accablé de taxes». Il a, pour montrer l’exemple, renoncé à son salaire qu’il estime à 30 000 euros par an, afin de «montrer que l’Eglise veut aider le peuple». Elle l’aidera encore plus en ouvrant ses livres de comptes…

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Published by Eglise Orthodoxe : Cathedrale Saint Irenee - dans Actualités

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