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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 07:46

 

Le père Cyrille Argenti (1919-1994)

Le père Cyrille Argenti (1919-1994)

 


LE PÈRE CYRILLE ARGENTI (1919-1994),
TRAVAILLEUR INFATIGABLE
DANS LA VIGNE DU SEIGNEUR

par Valère De Pryck et Paul Ladouceur

Cyrille Argenti (Argentis) naquit en 1919 dans une famille de la bourgeoisie grecque à Marseille. Il fut baptisé à sa naissance, mais comme ses parents n’étaient pas pratiquants, sa grand-mère l’amenait communier une fois par an pendant la Semaine sainte. Sa mère l’a très bien éduqué et il l’admirait, mais c’est sa gouvernante, catholique et très croyante, qui lui apprit le Notre Père et la Salutation angélique (" Je vous salue, Marie "), à dire matin et soir.

Vers 18 ans, Cyrille dut prendre une décision importante dans une crise familiale très aiguë, où la pression familiale et sociale allait dans un sens. Il alla prier dans une église pour que sa décision corresponde à la volonté de Dieu. Ce qui en ressortit était en opposition avec la pression sociale, mais tout s’est arrangé d’une merveilleuse façon. Il vécut cette expérience de façon très intense.

Vers l’âge de 19 ans environ, il fut sollicité pour lire le récit de la Résurrection à des plus jeunes. En lisant le récit de Jean et de Pierre au tombeau du Christ, il s’est rendu compte que c’était là le récit d’un témoin oculaire et c’est à ce moment que la Résurrection lui est apparue comme une réalité. Cela aussi allait le marquer pour la vie.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, après l’occupation de Marseille par les Allemands en 1942, il aida à sauver des dizaines de juifs, ce qui lui valut la distinction de " Juste parmi les nations " en 1990, discerné par l’organisme juif Yad Vashem, aux non-juifs qui aidèrent les juifs pendant la guerre. Arrêté par la Gestapo en 1944, Cyrille fut libéré et échappa à l’exécution d’une façon tellement invraisemblable qu’il ne put qu’y voir la main de Dieu. Il venait de rencontrer le Dieu vivant. C’était sa troisième rencontre.

Avant la guerre, Cyrille avait étudié la philosophie à Aix-en-Provence et à Oxford et après la guerre il étudia la théologie à Athènes. Il passa ensuite cinq mois dans un monastère sur l’île de Paros pour apprendre à célébrer la Divine Liturgie. C’est là qu’il comprit également l’essentiel de la vie monastique : être seul avec Dieu. Aux moments essentiels de la vie, il réalisa que chacun est seul devant Dieu. Durant tout son apostolat, Cyrille resta un vrai moine, moine dans la ville, comme mère Marie Skobtsov et le père Lev Gillet.

Ordonné prêtre en 1950, il fut nommé vicaire de la paroisse grecque de Marseille et il y resta jusqu’en 1962. Son ministère y fut orienté largement vers les enfants, les jeunes et les personnes âgées, suivant en cela le conseil d’un vieux prêtre catholique. Pauvre, le regard clair et souriant, sa spiritualité était l’amour du Christ, l’intégration au Christ. Lors du rassemblement des jeunes, il aimait lire d’une voix forte la Prière sacerdotale de Jésus en l’Évangile de saint Jean. Avec ses biens, il construisit le Nid Saint Georges pour aider spirituellement et socialement les personnes pauvres vivant dans la précarité. Il fut enterré dans le jardin de cette maison.

En 1962, il passa six mois à l’hôpital suivis de six mois de convalescence, à cause d’un rhumatisme articulaire qui le laissa totalement paralysé. C’est après cette maladie que le père Cyrille commença à donner des conférences et des causeries, ce qui le poussa à une réflexion théologique sur trois sujets en particulier, la Sainte Trinité en tant que Dieu-amour, le sens et la structure de la liturgie et la conciliarité dans l’Église.

En 1964, il reçut l’autorisation de célébrer un première liturgie en français, ce qui n’était pas du tout évident à cette époque. Il commença ainsi à dégager la communauté liturgique de la communauté ethnique.

Pendant la dictature des colonels en Grèce (1967-1974), le père Cyrille s’engagea dans un combat pour l’indépendance de l’Église vis-à-vis du pouvoir civil. Il entra en conflit avec le consulat de Grèce et l’épiscopat. Le métropolite Mélétios l’éloigna alors de Marseille quelque temps afin de le protéger, mais il garda son franc parler.

Vers 1978, on commença à Marseille la construction de l’église Saint Irénée, paroisse de langue française fondée par le père Cyrille, et on y ajouta une salle de réunion, ce qui permit de rassembler une communauté de personnes de nationalités différentes. La salle de réunion donna une image concrète du Royaume, lieu où des personnes de toutes tendances et nations pouvaient se rencontrer comme membres de la famille divine unis en Christ. Afin que tous se sentent chez eux dans cette paroisse multiethnique, les icônes de l’iconostase furent peintes par des iconographes grecs alors que les fresques des murs étaient faites par des Russes.

Pasteur dévoué et attentif aux besoins de ses ouailles, le père Cyrille cherchait avant tout à inspirer ses paroissiens et les participants à ses nombreuses conférences et causeries à vivre pleinement leur foi dans la vie de tous les jours. C’est ainsi que ses nombreux écrits visent avant tout à rendre accessibles à tous les richesses de la foi, la théologie et la vie liturgique orthodoxes. Ainsi l’inculturation de l’Église orthodoxe dans le milieu français était une de ses préoccupations. Parmi ses engagements furent la " Catéchèse orthodoxe ", en particulier le livreDieu est vivant(Cerf, 1979) dont il fut le principal maître d’œuvre, et la création de mouvements pan-orthodoxes, en l’occurrence la Jeunesse orthodoxe du Midi et la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale. Il était engagé tout au long de sa vie dans un dialogue fervent avec les catholiques et les protestants, tant au niveau local que national et international, et il joua un rôle important dans le Conseil œcuménique des Églises. Il était également engagé dans la radio des chrétiens à Marseille,Dialogue, la Cimade, organisme protestant d’aide sociale, et l’Association chrétienne – œcuménique – pour l’abolition de la torture (ACAT).

Pour le père Cyrille, chacun est responsable de vivre les sacrements reçus dans l’Église. L’infidélité à ces sacrements entraîne la disparition de l’Église.Souvient-toi d’où tu es tombé : repens-toi et accomplis les œuvres d’autrefois. Sinon je viens à toi, et, si tu ne te repens, j’ôterai ton chandelier de sa place (Ap. 2,5). Pour lui, il n’avait pas fini de devenir orthodoxe, il ne voulait jamais dire : c’est acquis. Il continua jusqu’à la fin de découvrir le sens profond d’une parole de l’Écriture ou de la liturgie. Quelques jours avant d’entrer dans le coma, il avait dicté un message disant que l’événement essentiel de l’existence humaine est le rencontre avec le Christ face à face.

Olivier Clément dit du père Cyrille Argenti qu’il était " un prêtre totalement au service de l’Église, ouvert et plein de joie, chaleureux envers tous ", " un homme évangélique ", " un apôtre de la philoxénia, l’hospitalité qu’il pratiquait généreusement à l’égard des étrangers et des immigrés ", qu’" il vivait pauvre parmi les pauvres, toujours disponible, allant partout où on le réclamait, épuisant son corps en voyages, en nuits sans sommeil, mais l’âme toujours sereine, une grande clarté dans le regard et le sourire ", " un mystique, d’une spiritualité sans rien de mièvre ou de piétiste, car elle était amour du Christ, intégration au Christ, imitation du Christ ".

Le père Cyrille Argenti s’endormit dans cette espérance et assurance le 21 novembre 1994 à l’hôpital Antoine Béclère à Clamart.

Sources : Cyrille Argenti, " Autobiographie spirituelle – La découverte de l’Église à travers ma propre vie ", et Olivier Clément, " Éloge d’un prophète, entre fidélité et liberté ", dans Cyrille Argenti, N’aie pas peur, Le Sel de la terre/Cerf, 2002 ; Élisabeth Behr-Sigel, Olivier Clément et Gérard Grange, " Le Père Cyrille Argenti, 1919-1994 ", Istina, Vol. 41, No 1, 1996.

http://www.pagesorthodoxes.net

 

 

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