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22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 08:12

 

 

Synaxe de femmes saintes Quelques saintes femmes de l'Histoire lausiaque


Vie et enseignements de sainte Synclétique

Nous connaissons peu la vie de sainte Synclétique. Une biographie ancienne, La vie de sainte Synclétique (Bellefontaine, SO 9, 1972) donne un minimum d’informations sur sa vie ; les deux tiers du texte contiennent des enseignements de sainte Synclétique, sous la forme d’un long discours adressé aux moniales du monastère fondé par la sainte.

Sainte Synclétique naquit à Alexandrie au IVe siècle, de riches et pieux parents chrétiens originaires de Macédoine. Sa grande beauté, son intelligence et ses nombreuses vertus la faisaient convoiter par un grand nombre de prétendants dès son jeune âge, mais elle restait sourde et aveugle à tous les attraits de ce monde pour n'aspirer qu'au mariage spirituel avec le Christ, l'Epoux céleste. Réduisant sa chair en servitude par les jeûnes et toutes sortes d'austérités, elle rassemblait sans relâche son esprit au fond de son cœur.

À la mort de ses parents, elle distribua sa grande fortune aux pauvres et, s'enfuyant loin de la ville en compagnie de sa sœur aveugle, elle se consacra pour toujours à Dieu en se faisant tondre la chevelure par un prêtre. C'est ainsi qu'elle devint la fondatrice du monachisme féminin, comme saint Antoine le Grand le fut pour les hommes. Elle progressa rapidement dans l’ascèse et la pratique des vertus et elle prenait le plus grand soin à garder ses combats cachés aux yeux des hommes, afin de ne pas perdre la récompense finale. En nombre grandissant, de ferventes jeunes femmes venait à elle en la pressant de leur communiquer instructions et conseils pour leur salut. Tout d'abord par humilité la Sainte refusa de rompre son silence; mais finalement, pressée par la charité, elle céda à leurs instances et leur révéla les trésors de sagesse et de science que le Saint-Esprit avait déposés dans son cœur. Nous présentons quelques extraits de l’enseignement de sainte Synclétique.

Au sacrifice volontaire de l'ascèse, elle ajouta dans les dernières années de sa vie la patience dans les épreuves et la maladie : des fièvres continues et des troubles pulmonaires usaient son corps lentement. Vers l'âge de 85 ans commença une période de trois ans et demi de souffrance dues à une maladie (probablement un cancer) qui brûlait peu à peu ses organes, lui occasionnant des douleurs cruelles et inhumaines. La sainte supportait cependant ces épreuves avec patience et action de grâces, et en profitait même pour instruire ses disciples, en disant: " Si la maladie nous accable, ne soyons pas dans l'affliction comme si, à cause de l'abattement de notre corps, nous ne pouvions pas chanter; car toutes ces choses sont pour notre bien et la purification de nos convoitises ". Elle perdit la voix et la maladie attaqua son corps par la gangrène et la putréfaction et c'est ainsi qu'à l'issue d'un martyre de trois mois, elle partit vers le Seigneur.


Enseignements de Sainte Synclétique

CONTRE L'ORGUEIL ET LE DÉSESPOIR

49. Celui qui est tombé trouvera le salut en se convertissant et en pleurant ses péchés. Toi, qui es debout, prends garde à toi-même. Tu as, en effet, deux choses à craindre : retourner à tes vieux péchés, l'ennemi profitant de ta négligence pour t'attaquer, ou bien être renversée dans ta course. Car notre ennemi, le diable, ou bien nous attire à lui de derrière lorsqu'il voit l'âme nonchalante et relâchée; ou bien semble-t-elle pleine de zèle et généreuse à l'ascèse ? il l'attaque subtilement et secrètement par l'orgueil; il la perd ainsi sans merci. Cet appât est le dernier et le nerf de tous les maux. C'est ce qui a causé sa propre chute; c'est aussi par lui qu'il s'efforce de venir à bout des hommes les plus forts. Les guerriers les plus redoutables commencent par utiliser les armes les plus légères, puis, quand l'ennemi se fait encore plus pressant, ils brandissent, plus puissant que tout, le glaive. De même le diable : après avoir épuisé ses premiers harpons, il se sert finalement de son épée, l'orgueil.

Quels étaient ses premiers filets ? Évidemment la gloutonnerie, l'amour du plaisir, la fornication. Ces esprits (mauvais) accompagnent surtout les jeunes années. Viennent ensuite l'avarice, la cupidité et autres vices semblables. Lorsque la malheureuse âme a dominé ces passions, lorsque l'estomac est dompté, lorsque le sentiment de sa dignité lui a permis de surmonter les plaisirs vulgaires, lorsqu'elle a méprisé l'argent, alors, pressé de partout, le malin suscite en elle un mouvement de révolte : il l'élève pour la dresser déraisonnablement contre ses sœurs. Redoutable et fatal, ce poison de l'ennemi ! Il en a ainsi aveuglé beaucoup d'un seul coup et (les) a jetés bas. Il suscite en l'âme une pensée mensongère et funeste. Il lui fait croire qu'elle l'emporte pour ce qui est du jeûne, et lui présente une foule d'actes héroïques. Il lui fait oublier toutes ses fautes pour la dresser contre son entourage, et cela, non pour lui être utile, mais pour qu'il ne puisse dire cette parole qui le guérirait : "  Contre toi seul j'ai péché; aie pitié de moi, Seigneur " (cf. Ps 50,6 ; 6,3). Il l'empêche aussi de dire : " Je te confesserai, Seigneur, de tout mon cœur " (Ps 100,1). "  De la même manière dont il s'est dit en lui-même : "   J'escaladerai (les cieux) et j'érigerai mon trône " (Is 14,14) -, ainsi il lui représente des charges importantes, des préséances, et même des chaires d'enseignement et des pouvoirs de guérisseur. Cette illusion cause sa corruption et sa perte, et la voilà atteinte d'une blessure incurable. […]

51. Ce mal (de l'orgueil) est précédé par un autre, la désobéissance. Par conséquent, c'est la vertu contraire, l'obéissance, qui peut purifier cet ulcère qui ronge l'âme : "  L'obéissance, est-il dit, vaut mieux que le sacrifice. " 

52. Il faut donc, tantôt purifier de la gloriole, tantôt aussi louer et admirer. Si en effet l'âme est négligente, relâchée et si elle s'engourdit dans sa marche vers le bien, il convient de la (stimuler) par des éloges; fait-elle quelque progrès ? C'est le moment de l'admirer et d'en faire cas; les fautes graves et indignes d'un homme, il faut les minimiser, les dire sans importance. Car le diable, qui désire jeter le désordre partout, s'efforce de cacher les fautes de celles qui pratiquent l'ascèse avec zèle : il veut augmenter leur orgueil. Quant aux âmes qui débutent et qui sont à peine engagées (dans la vertu), il étale leurs fautes aux yeux de tous et engendre en elles le désespoir; à l'une il suggère : " Toi qui as forniqué, comment seras-tu pardonnée ? " À une autre : " Tu as été si cupide; tu ne peux être sauvée. " Les âmes ainsi ébranlées, encourageons-les de cette manière : Rahab était une prostituée, mais sa foi l'a sauvée (cf. Hé 11,31). Paul, le persécuteur, est devenu un " vase d'élection " (Ac 9,15). Matthieu était un publicain : personne pourtant n'ignore la grâce qu'il a reçue (cf. Mt 9,9). Le larron volait et tuait : il fut pourtant le premier à franchir la porte du paradis (Lc 23,43). Fixe donc les yeux sur ceux-là, et ne désespère pas de ton âme.

53. Pour celles qui sont en proie à l'orgueil, qu'on leur procure le remède de l'exemple de celles qui en font plus. Disons à l'orgueilleuse : "   Pourquoi t'enfler ainsi, sous prétexte que tu ne manges pas de viande ? Mais il en est qui ne voient même jamais de poisson. Tu ne bois pas de vin ? Regarde d'autres ne prennent même pas d'huile. Tu jeûnes jusqu'à une heure tardive ? D'autres tiennent deux ou trois jours de suite sans nourriture. Est-ce parce que tu ne prends pas de bain que tu n'en fais accroire ? Mais beaucoup, mêmes malades, n'en ont pas usé du tout. Tu es fière de dormir sur une peau et sur une natte de crin ? D'autres couchent toujours à même la terre. Et quand même tu pratiquerais tout cela, la belle affaire ! Certains mettaient des cailloux sous eux pour que leur corps n'éprouvât aucun plaisir; d'autres se sont suspendus toute une nuit. Même si tu avais fait cela, si tu étais arrivée à la plus parfaite ascèse, ne t'en fais pas accroire. Car les démons en ont fait, et en font, plus que toi : ils ne mangent pas, ne boivent pas, ne se marient pas, ne dorment pas; bien plus, ils vivent dans les déserts, si toi, habitant dans une grotte, tu t'imagines faire un exploit.

54. C'est donc ainsi, et par de tels raisonnements, que l'on peut guérir les deux passions opposées, le désespoir et l'orgueil. En effet, de même qu'un feu violemment attisé se dissémine et meurt, et s'il n'y a pas de vent, s'éteint pareillement, ainsi la vertu est volatilisée par l'arrogance alors même qu'elle se fait une grande violence dans l'ascèse. Mais la négligence gâte pareillement le bien, quand nous n'agissons pas totalement dans la direction du souffle de l'Esprit Saint. Une épée d'acier trempé est facilement brisée par une pierre sur l'enclume; il en va de même pour une ascèse rigide : l'orgueil en a vite raison. Il est donc nécessaire de prémunir son âme de tous côtés, d'incliner sous les ombrages une ascèse excessive que brûle le feu ardent de l'orgueil, quelquefois aussi de couper les gourmands superflus pour que la racine devienne plus florissante.

55. Quant à celui qu'accable le désespoir, il faut s'efforcer de le relever par les réflexions dont j'ai parlé plus haut. En effet, l'âme qui tombe à terre se trouve tout à fait vile et méprisable. Quand les meilleurs cultivateurs voient une plante chétive et faible, ils l'arrosent abondamment et pensent devoir mettre tout leur soin à la faire grandir. Mais quand, sur la plante, ils distinguent une pousse précoce, ils coupent ses gourmands, car d'ordinaire ceux-ci ne tardent pas à se dessécher. Et voyons les médecins : ils nourrissent certains malades abondamment et les poussent à se promener; les autres, ils les enferment et les gardent le plus possible à jeun.

L'HUMILITÉ

56. De toute évidence, l'orgueil est donc le plus grand des maux. De ce fait, son contraire, l'humilité, prend toute sa valeur. Mais elle est une vertu difficile à acquérir. Car si l'on n'est pas étranger à toute gloriole, on ne peut faire sien ce trésor. L'humilité est une perfection si haute que toutes les vertus, le diable peut avoir l'air de les imiter, tandis que celle-ci, il n'en peut absolument rien connaître. Sachant bien la sécurité et la fermeté qu'elle procure, l'apôtre Pierre nous recommande de nous revêtir d'humilité (1 P 5,5) et de nous en envelopper pour accomplir toutes les choses les plus profitables. Soit que tu jeûnes, soit que tu fasses l'aumône ou que tu enseignes, quand bien même tu es remplie de sagesse et d'intelligence, dresse-la encore près de toi comme un mur inexpugnable. Que l'humilité, la plus belle des vertus, les enserre et les maintienne en " bouquet ". Considère le cantique des trois enfants (Dn 3,87), comment, sans faire mention des autres vertus, ce sont les humbles qu'ils ont mis au nombre des chanteurs, ne citant pas les sages ni les pauvres. Il est impossible de construire un navire sans clous impossible aussi de faire son salut sans humilité.

57. Parce qu'elle est bonne et salutaire, le Seigneur, en accomplissant l'économie (de la Rédemption) des hommes, l'a revêtue. Le Christ dit en effet : "   Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur " (Mt 11,29). Considère celui qui parle ainsi, et mets-toi à l'école de sa perfection; que l'humilité soit pour toi le commencement et la perfection des vertus. Il parle d'humilité de pensée, pas seulement de façade; il vise l'homme intérieur, car l'extérieur suivra. As-tu observé tous les commandements ? Le Seigneur le sait; cependant il t'enjoint de revenir au principe, à ta condition de serviteur. Ne dit-il pas : - Quand vous aurez fait tout ce qui est prescrit, dites : "Nous sommes des serviteurs inutiles" (Lc 17,10).

58. On ne pratique bien l'humilité qu'à travers les reproches, les injures, au milieu des coups, pour arriver à com prendre qu'on est sans intelligence et stupide, indigent et pauvre, faible et chétif, sans succès dans ses entreprises, irréfléchi en ses paroles, sans apparence, sans forces. Tels sont les "  nerfs "  de l'humilité. C'est cela que notre Seigneur a entendu et souffert. On le traitait de Samaritain et de possédé " (cf. Jn 8,48). Il a pris la " forme d'un esclave " (Ph 2,6), il a été souffleté, outragé par les coups (cf. Mt 26,67).

LE FEU DIVIN

60. Ce discours transportait de joie celles qui étaient rassemblées (autour de sainte Synclétique) ; mais elles n'étaient pas encore rassasiées de ces bonnes choses et insistaient de nouveau. Et la bienheureuse leur disait encore :

Ceux qui s'approchent de Dieu ont beaucoup à lutter et à souffrir au début, mais dans la suite, ils goûtent une joie ineffable. Comme ceux qui veulent allumer un feu commencent par être enfumés et par pleurer, et de cette façon atteignent leur but. L'Écriture dit en effet : " Notre Dieu est un feu dévorant " (Hé 12,29). " Ainsi devons-nous, nous aussi, allumer en nous le feu divin avec larmes et souffrance. Le Seigneur lui-même ne dit-il pas : " Je suis venu apporter le feu sur la terre " (Lc 12,49) ? Mais certains, peu courageux, ont supporté la fumée sans pour autant faire jaillir la flamme, par leur manque de patience et surtout par leur attitude lâche et irrésolue face au divin.

Odile Bénédicte Bernard, trad.,
Vie De Sainte Synclétique,
Bellefontaine (SO 9), 1972.


Sentences des Mères du désert

AMMA THÉODORA

Amma Théodora interrogea le pape Théophile sur le mot de l’apôtre : " Que signifie : "Sachant profiter des circonstances" ? " Il lui dit : " Ce mot signifie le gain ; par exemple : est-ce pour toi le temps de la démesure ? Achète par l’humilité et la patience le temps de la démesure, tires-en un gain. Est-ce le temps de la honte ? Achète-le par la résignation, et gagne-le. Mais tout ce qui nous est contraire, si nous le voulons, devient pour nous un gain ".

Amma Théodora dit : " Luttons pour entrer par la porte étroite. De même que les arbres, s’ils ne subissent les tempêtes hivernales, ne peuvent porter du fruit, ainsi en est-il pour nous : ce siècle présent est une tempête, et ce n’est qu’à travers beaucoup d’épreuves et de tentations que nous pourrons obtenir en héritage le royaume des cieux ".

La même fut interrogée sur les conversations que l’on entend : " Comment peut-on, écoutant habituellement des paroles séculières, vivre cependant pour Dieu seul, comme tu le dis ? " Elle dit : " De même que si tu es assise à une table où il y a beaucoup de mets, tu en prends, certes, mais sans plaisir, de même, si des conversations séculières te parviennent aie ton cœur tourné vers Dieu et, grâce à cette disposition, tu les écouteras sans plaisir et elles ne te nuiront pas ".

Elle dit encore : " Il est bien de vivre dans le recueillement, car l’homme sensé pratique le recueillement. En effet, c’est vraiment une grande chose pour une vierge ou pour un moine de vivre dans le recueillement, surtout pour les plus jeunes. Cependant, saches que, lorsque tu te proposes de vivre dans le recueillement, aussitôt le malin vient et accable ton âme par l’acédie, la pusillanimité, les mauvaises pensées. Il accable aussi ton corps par les maladies, l’atonie, l’affaiblissement de tes genoux et de tous tes membres. Et il dissout la puissance de l’âme et du corps, en sorte que je crois être malade et ne plus pouvoir faire ma synaxe. Mais si nous sommes vigilants, toutes ces tentations se dissipent. Il y avait en effet un moine qui, à chaque fois qu’il commençait à faire sa synaxe, était saisi par le froid et la fièvre, et souffrait de maux de tête. En cet état, il se dit à lui-même : je suis malade, et j’approche de la mort ; je vais donc me lever avant de mourir, et faire ma synaxe ; et, par. ce raisonnement, il se faisait violence à lui-même et faisait sa synaxe. Celle-ci finie, la fièvre s’apaisait aussi. Ainsi, par ce raisonnement, le frère résistait et récitait ses prières et remportait la victoire sur sa pensée ".

La même amma Théodora dit encore : " Il arriva à un homme pieux d’être injurié par quelqu’un, et il lui dit : "Je pourrais, moi aussi, te dire des choses semblables, mais la loi de Dieu me ferme la bouche" ". Elle dit encore ceci : " Un chrétien discutant du corps avec un manichéen s’exprima en ces termes : Donne une loi au corps et tu verras que le corps est pour celui qui l’a formé. "

La même dit encore que le maître doit être étranger à l’amour de la domination, à la vaine gloire, à l’orgueil, et qu’on ne puisse pas le jouer par la flatterie, ni l’aveugler par des dons, ni le vaincre par le ventre, ni le dominer par la colère ; mais, qu’il soit patient, doux, humble autant que possible ; il doit être éprouvé et sans sectarisme, plein de sollicitude, et aimer les âmes.

La même dit encore que ni l’ascèse, ni les veilles, ni n’importe quelle peine ne sauvent, mais la véritable humilité. Il y avait en effet un anachorète qui chassait les démons ; et il leur demanda : " Qu’est-ce qui vous fait partir ? Est-ce le jeûne ? "   Ils répondirent : " Nous ne mangeons ni ne buvons " – Est -ce les veilles ?"  Ils répondirent : " Nous ne dormons pas " – " Est-ce l’éloignement du monde ? " – " Nous vivons dans les déserts. " " Par quelle puissance partez-vous donc ? " Et ils dirent : " Rien ne peut nous vaincre, sinon l’humilité " Vois-tu que l’humilité est victorieuse des démons ?"

Amma Théodora dit encore : " Il y avait un moine qui, à de ses tentations, dit : je pars d’ici. Et comme il chaussait ses sandales, il vit un autre homme qui lui aussi mettait ses chaussures et lui disait : "Ce n’est pas à cause de moi que tu pars ? Car je te précéderai où que tu ailles" ".

Un autre moine était éprouvé par des démangeaisons sur le corps, et beaucoup de vermine. Or il était d’origine riche. Et les démons lui dirent : " Tu supportes de vivre ainsi, couvert de vers ? " Et ce moine, par sa grandeur d’âme, remporta la victoire.

L’un des vieillards interrogea anima Théodora disant : " À la résurrection des morts, comment ressusciterons-nous ? " Elle dit : " Nous en avons comme gage, comme exemple et comme prototype, celui qui est mort pour nous et ressuscité, le Christ notre Dieu ".


AMMA SARRA

On racontait d’Amma Serra qu’elle demeura treize ans .fortement combattue par le démon de la fornication, et qu’elle ne pria jamais que disparaisse le combat, mais elle disait plutôt : "  Ô Dieu, donne-moi la force ".

Une fois, le même esprit de fornication s’attacha à elle avec plus d’insistance, lui rappelant les vanités du monde. Mais elle se livra à la crainte de Dieu et à l’ascèse, et monta sur sa petite terrasse pour prier. Alors l’esprit de fornication lui apparut corporellement et lui dit : " Toi, Sarra, tu m’as vaincu ". Et elle dit : " Ce n’est pas moi qui t’ai vaincu, mais mon maître le Christ ".

On disait à son propos qu’elle demeura près du fleuve pendant soixante ans et ne détourna pas les yeux pour le regarder.

Une autre fois, deux vieillards, grands anachorètes, vinrent de la région de Péluse pour la visiter. En y allant, ils se disaient de l’un à l’autre : " Humilions cette vieille femme ". Et ils lui dirent : " Veille à ne pas élever ta pensée en disant : " Voici des anachorètes qui viennent chez moi qui suis une femme ". Et amma Serra leur dit : " Par la nature, je suis femme, mais non par la pensée ".

Amma Sarra dit : " Si je prie Dieu que tous les hommes soient comblés en moi, je me trouverai pénitente à la porte de chacun ; mais je prierai plutôt que mon cœur soit pur avec tous ".

Elle dit encore : " C’est bien de faire l’aumône à cause des hommes. En effet, même si c’est pour plaire aux hommes, on en vient à chercher à plaire à Dieu ".

Des Scétiotes vinrent un jour chez anima Sarra. Elle leur offrit une petite corbeille (de fruits). Mais eux, ils laissèrent ce qui était bon et mangèrent les mauvais. Alors, elle leur dit : " Vraiment, vous êtes des Scétiotes ".

Elle dit encore aux frères : " Moi, je suis un homme, et vous, vous êtes des femmes ".

Extraits de Jean-Claude Guy, 
Apophtegmes des Pères du Désert,
Série alphabétique,
 Bellefontaine (SO 1), s.d.


QUELQUES SAINTES FEMMES

DE L’HISTOIRE LAUSIAQUE

Vers 420, l’évêque Pallade composa une " Histoire des Pères du Désert " à la demande et à la destination du chambellan Lausus ; d’où son nom d’Histoire lausiaque. Pallade, moine en Égypte de 388 à 400, avait été créé évêque d’Hélénopolis en Bithynie en 400. Ami de Jean Chrysostome, mais aussi et surtout disciple d’Évagre le Pontique, il avait été accusé d’origénisme par Jérôme et exilé en Haute-Égypte. Menant ensuite la vie monastique à nouveau au Mont-des-Oliviers à Bethléem et en Thébaïde, il avait, avant 420, retrouvé un siége épiscopal, celui d’Aspona en Galatie.

5. Alexandra

(1) Il [Didyme l’Aveugle, successeur d’Origène à la tête de l’École catéchétique d’Alexandrie] me parla aussi d’une jeune fille du nom d’Alexandra, qui avait quitté la ville pour aller s’enfermer dans un tombeau. Elle recevait par une ouverture ce dont elle avait besoin, sans voir ni femme ni homme pendant dix ans : Au bout de quoi, elle s’étendit et s’endormit en paix dans la mort. La personne qui la visitait comme d’habitude, ne recevant pas de réponse, comprit qu’elle était morte et vint nous prévenir. Nous avons ouvert la porte de sa cellule et trouvé son corps desséché.

La bienheureuse Mélanie, dont je parlerai plus loin, disait à son sujet : " Je ne l’ai jamais vue en face, mais en me tenant prés de l’ouverture, je la priai de me dire pourquoi elle s’était enfermée dans ce tombeau. Elle me répondit : " J’avais demandé à Dieu de rester pure telle que j’étais née, et de pouvoir ainsi présenter ma virginité au Christ. Mais un jeune homme inclina vers moi ses pensées, et plutôt que de l’attrister ou de lui parler durement, j’ai préféré entrer vivante dans ce tombeau. Surtout, je ne voulais pas provoquer la chute d’une âme faite à l’image de Dieu ". (2) Je lui demandai : " Comment supportes-tu de ne voir personne et de devoir lutter contre le découragement ? " " Depuis le matin jusqu’à neuf heures, me dit-elle, je prie en filant le lin. Les heures suivantes, je médite sur les saints patriarches, les prophètes, les apôtres et les martyrs. Je travaille de mes mains et je mange mon pain au long des heures qui restent. C’est ainsi que je suis réconfortée, et j’attends la fin de ma vie dans une joyeuse espérance ".

34. La folle des Tabennésiotes

(1) I1 y avait dans ce monastère une sœur qui feignait d’être folle et possédée du démon : on l’avait prise en aversion au point de ne pas manger avec elle, et c’est ce qu’elle voulait. Elle traînait à travers la cuisine, remplissant toutes sortes de services, véritable éponge du monastère, comme on dit ; elle accomplissait en cela ce qui est écrit : " Si quelqu’un parmi nous prétend être sage en cette vie, qu’il se fasse fou pour devenir sage " (1 Cor 3, 18). Elle s’était attaché des haillons sur la tête – les autres sont tondues ; et ont des capuchons – et c’est ainsi qu’elle faisait le service. (2) Aucune des quatre cents moniales ne la vit manger de sa vie. Jamais elle ne s’assit à table ni ne reçut un morceau de pain : elle se contentait des miettes qu’elle épongeait sur les tables et de ce qu’elle lavait dans les marmites. Elle n’offensa jamais personne, ne murmura pas, n’ouvrit pas la bouche, bien qu’elle soit battue à coups de poing, injuriée, couverte d’insultes et détestée.

(3) Un ange apparut au saint Pitéroum, solitaire établi en Porphirite, homme digne d’admiration, et il lui dit : " Pourquoi as-tu si haute opinion de toi-même parce que tu es vertueux et fervent et que tu habites le désert ? Veux-tu voir une femme plus vertueuse que toi ? Va au monastère des femmes tabennésiotes, et là tu en trouveras une portant un bandeau de loques sur la tête : elle est meilleure que toi. (4) Car tout en luttant contre une telle foule, elle n’a jamais éloigné de Dieu son cœur. Tandis que toi, en demeurant ici, tu t’égares en pensée à travers les villes. " Et lui qui n’était jamais sorti s’en alla jusqu’au monastère des femmes, et il demanda aux supérieurs l’autorisation d’y pénétrer. Ceux-ci l’introduisirent en toute confiance, car il était célèbre et d’un âge avancé. (5) Il entra donc et réclama de les voir toutes. La sœur en question ne se présenta pas. Finalement, il leur dit : " Amenez-les moi toutes, car il en manque une ". Elles lui répondirent : " Nous en avons bien une à la cuisine : c’est une idiote ". Il leur dit : " Amenez-moi aussi celle-là, laissez-moi la voir ". On alla lui parler. Elle ne voulut pas obéir, pressentant la chose ou peut-être même en ayant eu la révélation. On la traîna de force en lui disant : " Le saint Pitéroum veut te voir ". Car il était célèbre.

(6) Quand elle fut devant lui, il considéra les haillons qu’elle avait sur la tête, et il, tomba à ses pieds et s’écriant : " Bénis-moi ! " Elle tomba à ses pieds à son tour : " Toi, mon Seigneur, bénis-moi ", lui dit-elle. Les autres furent toutes hors d’elles et dirent au vieillard : " Abba, que cet affront ne t’affecte pas : c’est une idiote ". Pitéroum leur répondit : " C’est vous qui êtes des idiotes ! Car elle est notre amma, notre mère à moi et à vous – c’est ainsi qu’on appelle celles qui ont atteint la véritable vie spirituelle –, et je demande dans mes prières d’être trouvé digne d’elle au jour du jugement ".

(7) À ces mots, toutes tombèrent aux pieds de la sœur, confessant différentes choses : l’une d’avoir versé sur elle la lavure de l’écuelle, une autre de l’avoir rouée de coups, l’autre de lui avoir frotté le nez de moutarde : chacune avait un affront différent à avouer. Après avoir prié pour elles, Pitéroum repartit. Quelques jours après, ne pouvant supporter l’estime et le respect de ses sœurs et accablée par les excuses, la sœur quitta le monastère ; où elle partit ou alla se jeter, comment elle finit ses jours, personne ne l’a jamais su.

46. Mélanie l’Ancienne

Note : 1. Il faut distinguer Mélanie l’Ancienne (345-410), amie de saint Jérôme, de Mélanie la Jeune, mariée à Pinien, sa petite-fille, moniale à son tour (383-438).

(1) Mélanie était espagnole par sa naissance, puis elle vint à Rome. Elle était la fille du consulaire Marcellinos, et la femme d’un homme de haut rang, que je ne me rappelle plus bien. Devenue veuve à l’âge de vingt-deux ans, elle fut touchée par l’amour de Dieu, et sans rien dire à personne – car elle ne le pouvait pas, au temps où Valens avait le pouvoir dans l’empire – après avoir fait nommer un tuteur à son fils, elle mit tous ses biens dans un bateau et fit voile vers Alexandrie avec des esclaves et des femmes illustres. (2) De là, après avoir vendu ce qu’elle possédait contre de l’or, elle pénétra dans la montagne de Nitrie, où elle rencontra les pères, Pambo, Arsisios, Sérapion le Grand, Paphnuce de Scété, Isidore le Confesseur, évêque d’Hermopolis, et Dioscore. Elle séjourna prés d’eux environ six mois, circulant à travers le désert et visitant tous les saints.

(3) Mais par la suite, l’Augustale d’Alexandrie exila en Palestine, aux environs de Diœésarée, Isidore, Pisimios, Adelphios Paphnuce et Pambo et avec eux Ammonios Parotes – douze évêques et des prêtres -. Mélanie les suivit en les assistant de ses biens. Ayant séjourné avec le saint Pisimios, Isidore, Paphnuce et Ammonios, j’ai pu les entendre raconter que, comme ils n’avaient pas le droit d’avoir de serviteurs, elle mettait la blouse d’un jeune esclave et allait leur porter chaque soir ce qui leur était nécessaire. Le consulaire de Palestine ayant appris la chose et voulant se remplir la poche, espéra l’exploiter. (4) Il la fit arrêter et jeter en prison, ignorant sa noblesse. Mais elle lui déclara :  " Je suis la fille d’Un tel et la femme d’Un tel et la servante du Christ. Et ne te moque pas de mon aspect servile, car j’ai de quoi me rehausser, si je veux – ne pense donc pas m’exploiter ni me prendre quoi que ce soit. C’est pour qu’il ne t’arrive pas d’ennuis par ignorance, que je t’ai dit tout cela : Car avec les gens qui ont ta tête dure, il faut se montrer arrogant comme l’épervier. " Alors le juge, éclairé, reconnut ses torts, rendit honneur à Mélanie et : ordonna de la laisser rencontrer les saints.

(5) Après leur rappel, elle fonda à Jérusalem un monastère où elle passa vingt-sept ans, au milieu de cinquante moniales. Rufin d’Italie, de la ville d’Aquilée, vécut auprès d’elle : c’était un noble lui aussi, homme honoré, à la vie austère, qui plus tard reçut le sacerdoce ; personne n’était plus instruit dans la doctrine et plus modeste que lui. (6) Tous deux accueillirent, pendant ces vingt-sept ans, ceux qui passaient à Jérusalem pour y prier : évêques, moines et vierges, les édifiant et les aidant de leurs biens. Ils ramenèrent à l’unité le schisme Paulinien – quatre cents moines environ – ; ils persuadèrent tous les hérétiques qui combattaient l’Esprit Saint et les firent réintégrer l’Église ; ils offraient au clergé de la ville dons et nourriture, et c’est ainsi qu’ils terminèrent leur vie, sans avoir jamais été cause de scandale pour personne.

54. Encore Mélanie

(1) J’ai parlé plus haut de l’admirable et sainte Mélanie, mais à la vérité en ne l’abordant que superficiellement ; je vais maintenant insérer dans mon récit ce qui me reste à dire sur elle : Quelle fortune elle a dépensé dans son zèle pour Dieu, comme dévorée d’un feu intérieur, ce n’est pas à moi de le raconter, mais bien à ceux qui habitent la Perse. Car personne n’a échappé à sa bienfaisance, ni l’orient, ni l’occident, ni le nord, ni le midi.

(3) Pendant trente-sept ans, tout en restant à l’étranger, elle est venue en aide à ses frais à des églises, des monastères, des étrangers, des prisons : sa famille, son fils lui-même et ses intendants, lui fournissaient de l’argent. Vivant à l’étranger pendant de si longues années, elle ne se laissa pas détourner par le désir de son fils, et le regret de ce fils unique ne la sépara pas de l’amour du Christ. (3) Mais grâce à ses prières, le jeune homme fut parfait dans son éducation et sa conduite ; il fit un mariage illustre et exerça de hautes fonctions dans l’état ; il eut deux enfants.

Longtemps après, Mélanie apprit que sa petite fille désirait se sanctifier avec son mari. Craignant que le couple ne se laisse influencer par quelque fausse doctrine ou une hérésie, ou encore entraver par une vie de luxe, la sainte, alors âgée de soixante ans, s’embarqua sur un bateau à Césarée et fit voile sur Rome où elle arriva au bout de vingt jours. (4) Là, elle rencontra le bienheureux Apronien, homme de grande valeur, qui païen : elle lui enseigna la doctrine et le rendit chrétien ; et elle le persuada de s’exercer à l’ascèse avec femme, sa nièce à elle, Avita. Elle affermit de ses conseils sa petite-fille Mélanie et son mari Pinien, elle instruisit sa belle-fille Albine, la femme de son fils ; puis les ayant tous décidés à vendre ce qu’ils possédaient, elle les emmena de Rome et les conduisit au port paisible et serein de la vie monastique. (5) Elle " combattit comme des bêtes sauvages " les hauts personnages de l’ordre sénatorial et leurs épouses qui voulaient l’empêcher de faire renoncer au monde les autres maisons. Elle leur disait : " Petits enfants, il a été écrit il y a quatre cents ans : Voici la dernière heure – (l Jn 2, 18). Pourquoi vous complaire dans les vanités de ce monde ? Craignez plutôt d’être surpris par les jours l’Antichrist et de ne plus jouir de votre fortune et biens de vos ancêtres !"

(6) Ayant ainsi libéré tout ceux qu’elle pouvait, elle les amena à la vie monastique. Elle instruisit en outre le plus jeune fils de Publicola et le conduisit en Sicile : Puis, après avoir vendu tout ce qui lui restait, elle se rendit à Jérusalem où elle distribua ses biens ; quarante jours plus tard, elle mourait, dans une belle- vieillesse couronnée de douceur ; elle laissait à Jérusalem un monastère avec ses revenus.

(7) Lorsque tous ceux qu’elle avait convertis eurent quitté Rome, une tempête de barbares, depuis longtemps annoncée dans les prophéties, fondit sur la Ville : il ne resta pas une statue sur le forum, mais tout fut ravagé et détruit avec une démence barbare ; Rome, que depuis douze cents ans on avait mis tant d’amour à embellir, ne fut plus qu’une ruine : Alors tous ceux qui avaient suivi l’enseignement de Mélanie rendirent gloire à Dieu : par le bouleversement des choses, il avait convaincu les incrédules que seules parmi les autres familles, qui toutes avaient été faites prisonnières, furent intégralement sauvées celles dont le zèle de Mélanie avait fait une offrande au Seigneur.

55. Encore Mélanie

(1) I1 m’arriva de faire route avec Mélanie d’Aelia (nom qui fut donné à Jérusalem) en Egypte, en escortant la bienheureuse Silvanie, belle-sœur du consulaire Rufin ; parmi nous se trouvait Jovinien, alors diacre, qui est aujourd’hui évêque de l’église d’Ascalon, grand serviteur de Dieu, très instruit dans la doctrine : Nous fûmes surpris par une très forte chaleur, et, arrivés à Péluse, Jovinien se lava les mains et les pieds dans une cuvette d’eau bien froide ; après s’être lavé, il étendit une fourrure sur le sol pour se reposer. (2) Mélanie s’approcha de lui, et comme l’aurait fait une mère sage à son fils, elle se mit à se moquer de sa délicatesse : " Comment oses-tu, à ton âge où le sang est encore plein de vie, choyer ainsi ton corps, en oubliant tout le mal qui peut en naître ? Crois-moi, crois-moi bien : j’ai soixante ans, et sauf le bout des mains, ni mes pieds, ni mon visage, ni aucun de mes membres depuis que je mène cette vie, n’ont touché l’eau ; bien qu’atteinte de diverses maladies et malgré les médecins, j’ai toujours refusé de rendre à mon corps les soins d’usage, jamais je ne me suis reposée sur un lit ni n’ai voyagé en litière ".

(3) Elle était devenue très savante : par amour de la doctrine, elle passait ses nuits à étudier les écrits des anciens commentateurs, entre autres, Origène, Grégoire, Étienne, Pierre, Basile et quelques autres forts éminents. Et elle ne se contentait pas de les parcourir avec négligence, mais elle relut attentivement chaque livre sept ou huit fois. Voilà pourquoi, délivrée de la fausse science (1 Tm 6, 20), la grâce de la doctrine lui donna de pouvoir voler vers la  " meilleure espérance " : ainsi se fit-elle oiseau spirituel et s’envola-t-elle jusqu’au Christ son Seigneur.

59. Amma Talis et Taor

(1) À Antinoé se trouvent douze monastères de femmes ; j’y ai rencontré amma Talis, une vieille moniale qui pratiquait l’ascèse depuis quatre-vingts ans, disait-elle, ce que ses compagnes confirmaient. Avec elle habitaient soixante jeunes filles, qui l’aimaient tellement qu’il n’y avait pas de clé à la clôture du monastère, comme dans les autres : l’amour de la vieille femme les retenait. Celle-ci était parvenue à une telle paix du cœur que, lorsque je fus entré, elle vint s’asseoir à côté de moi et posa ses mains sur mes épaules avec une totale liberté.

(2) L’une de ses disciples, nommée Taor, qui était au monastère depuis trente ans, n’avait jamais voulu accepter de vêtement neuf, ni de capuchon, ni de chaussures :  " Je n’en n’ai pas besoin, disait-elle, ainsi je ne serai pas forcée de sortir. " En effet toutes les autres vont à l’église le dimanche pour la communion. Mais Taor, vêtue de haillons, restait au monastère, assise à l’ouvrage, sans interruption. Son visage était si parfaitement gracieux que même les plus fermes étaient séduits par sa beauté, mais sa chasteté était sa sauvegarde, et par sa modestie, elle ramenait le regard trop hardi au respect et à la crainte.

61. Mélanie la Jeune

(l) Puisque j’ai promis plus haut de parler de la petite-fille de Mélanie, il faut que je m’acquitte de ma dette ; car il ne serait pas juste de laisser passer sans l’évoquer une telle jeune femme, qui était jeune, certes, par l’âge, mais plus sage que bien des vieilles personnes par sa ferveur et sa science. Ses parents la contraignirent à un mariage dans l’une des plus grandes familles de Rome ; mais elle, décidée à suivre les directions de sa grand-mère, en était si imprégnée qu’elle ne put se faire au mariage. Moins encore après que les deux garçons qu’elle en eut soient morts l’un après l’autre. Elle dit alors à son mari Pinien, fils de l’ex-préfet Sévère : " Si tu acceptes de vivre avec moi dans la chasteté selon la parole de la Sagesse, je te reconnais pour maître et seigneur de ma vie ; mais si cela te paraît trop lourd, parce que tu es jeune, prends mes biens et rends-moi la liberté : que je puisse accomplir mon désir, qui est conforme à la volonté de Dieu, et être la digne héritière de la ferveur de ma grand- mère, dont je porte aussi le nom. Car si Dieu voulait que nous ayons des enfants, il ne m’aurait pas pris avant l’âge ceux que j’ai mis au monde ".

Ils en discutèrent pendant longtemps ; enfin Dieu eut compassion du jeune homme et lui inspira un ardent désir de renoncer au monde. Ainsi s’accomplit pour eux ce qui est écrit – " Et que sais-tu, femme, si tu sauveras ton mari ? " (1 Co 7, 16). Donc, mariée à treize ans et ayant vécu sept ans avec son mari, Mélanie renonça au monde à vingt ans.

Elle commença par faire don aux autels de ses vêtements de soie – chose qu’avait faite aussi la sainte Olympiade. (4) Puis elle tailla le reste de ses soieries pour les divers services de l’Église.

Ayant confié son argent et son or à un prêtre, Paul, moine de Dalmatie, elle envoya par mer en Orient soit : en Égypte et en Thébaïde dix -mille pièces de monnaie, à Antioche et à ses dépendances, dix mille pièces, en Palestine quinze mille, aux églises des Iles et aux exilés, dix mille ; (5) elle en distribua elle-même aux églises d’Occident, quatre fois plus, l’arrachant, grâce à sa foi, de la bouche du lion Alaric. Elle affranchit les huit mille esclaves qui acceptèrent de l’être ; car les autres ne le voulurent pas, mais choisir de servir son frère : elle les lui céda tous avec chacun trois pièces d’or. Elle vendit ses possessions d’Espagne, d’Aquitaine, de Tarraconaise et des Gaules, gardant pour elle seulement celles de Sicile, de Campanie et d’Afrique, qu’elle consacra à l’entretien de monastères. (6) Telle fut sa sagesse en ce qui concerne le fardeau des richesses. Et voici son ascèse : elle ne prend qu’un repas par jour – au début même tous les cinq jours seulement, mais elle avait prescrit aux jeunes femmes dont elle a fait ses compagnes de manger tous les jours.

Sa mère Albine vit avec elle, pratiquant la même ascèse après avoir distribué comme elle ses biens aux pauvres. Elles habitent en ce moment sur leurs terres, tantôt de Sicile, tantôt de Campanie, avec quinze eunuques et soixante vierges, libres ou servantes.

(7) Son mari Pinien de son côté vit lui aussi avec trente moines, partageant son temps entre la lecture des Livres Saints et les conversations au jardin avec ses hôtes. Quand nous sommes venus à Rome en assez grand nombre pour le bienheureux évêque Jean, ils nous ont honorés avec largesse, refaisant nos forces par leur hospitalité et nous munissant d’abondantes provisions ; nous sommes repartis en grande joie.

Pallade,Les moines du désert : Histoire Lausiaque,
trad. les Soeurs carmélites de Mazille,
Desclée De Brouwer, 1981.

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