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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 08:25

Le samedi de Lazare occupe une place très spéciale dans le calendrier liturgique. Il est en dehors des quarante jours de pénitence du Carême ; il est aussi en dehors des jours douloureux de la semaine-sainte, – ceux inclus entre le lundi et le vendredi. Avec le dimanche des Rameaux, il forme un court prélude joyeux aux jours douloureux. Un lien topographique l’unit au dimanche des Rameaux : Béthanie est le lieu de la résurrection de Lazare et aussi le point de départ de l’entrée de Jésus à Jérusalem [1]. (… )

Nous entrons maintenant dans la semaine la plus sacrée de l’année [3]. Elle débute par la fête de l’entrée de Jésus à Jérusalem qui, nous l’avons déjà dit, forme avec la résurrection de Lazare, un prélude joyeux et glorieux aux douloureuses humiliations qui vont suivre. (…)

" Voici que ton roi vient "

Dès le premier jour de la semaine-sainte, nous devons " recevoir " Jésus-Christ et accepter comme souveraine sa volonté sur nous. Cet accueil fait au Christ qui vient à nous est le sens du Dimanche des Rameaux [7].

Aux vêpres du dimanche, célébrées le samedi soir, nous lisons trois leçons de l’Ancien Testament. La première, tirée de la Genèse (49, 1-2, 8-12), contient les derniers avis de Jacob à ses fils ; ce passage a été choisi parce qu’il fait, en quelques paroles, allusion au " sceptre ", à " l’âne ", au " sang de la vigne " qui lave les vêtements, – toutes choses auxquelles l’entrée de Jésus à Jérusalem avant sa Passion donnent un sens nouveau : " Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda… jusqu’à la venue de celui à qui il est, à qui obéiront les peuples. Il lie à la vigne son ânon, au cep le petit de son ânesse, il lave son vêtement dans le vin et son habit dans le sang des raisins ". La deuxième leçon, tirée du prophète Sophonie (3, 14-19), annonce elle aussi la présence consolante du roi : " Pousse une clameur d’allégresse, Israël… Le Seigneur roi d’Israël est au milieu de toi. Tu n’as plus de malheur à craindre ". La troisième leçon est la prophétie de Zacharie (9, 9-15) qui trouva son accomplissement le jour des Rameaux : " Exulte de toutes tes forces, fille de Sion.. Voici que ton roi vient à toi. Il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, sur un ânon, petit d’une ânesse [8] ".

Les chants de matines nous invitent à aller, nous aussi, au-devant du Roi qui vient : " Venons avec des branches louer le Christ, notre Maître… Le Seigneur notre Dieu nous est apparu ; célébrons la fête. Réjouissons-nous et exaltons le Christ. De même que les rameaux et les branches, élevons nos voix vers lui dans la louange… Nous portons aussi des branches d’olivier et des rameaux, criant vers toi avec reconnaissance : " hosanna au plus haut des cieux. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ". L’évangile lu à matines (Mt 21, 1-11, 15-17) décrit l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem [9]. Vers la fin des matines, l’évêque ou le prêtre prononce une prière de bénédiction sur les palmes ou rameaux qui sont ensuite distribués aux fidèles.

À la liturgie [10], l’épître de Saint Paul aux Philippiens (4, 4-9) nous annonce la proximité du Seigneur : " Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le répète, réjouissez-vous. Le Seigneur est proche ". L’évangile (Jn 12, 1-18) raconte la dernière onction sur les pieds de Jésus accomplie à Béthanie par Marie – L’Église rappellera notre attention sur cet épisode le matin du mercredi-saint – puis l’entrée à Jérusalem. La bénédiction finale commence ainsi : " Ô toi qui, pour notre salut, a voulu être assis sur un ânon, le fils d’une ânesse… etc. ".

Essayons maintenant de recueillir quelques-uns des enseignements de ce dimanche.

" Voici que ton Roi vient à toi… " Jésus vient aujourd’hui à nous comme notre roi. Il est plus que le Maître instruisant ses disciples. Il réclame de nous que nous acceptions en toutes choses sa volonté et que nous renoncions à nos désirs propres. Il vient à nous pour prendre solennellement possession de notre âme, pour être intronisé dans notre cœur.

" À toi… ". C’est non seulement vers l’humanité en général que Jésus vient. Il vient vers chacun de nous en particulier. " Ton Roi ". Jésus veut être mon roi. Il est le roi de chacun de nous dans un sens unique, entièrement personnel et exceptionnel. Il demande une adhésion, une obéissance intérieures et intimes.

Ce roi est " humble ". Il vient à nous sur un pauvre animal, symbole d’humilité et de douceur. Un jour il reviendra dans sa gloire pour juger le monde. Mais aujourd’hui il écarte tout appareil de majesté ou de puissance. Il ne demande aucun royaume visible. Il ne veut régner que sur nos cœurs : " Mon fils, donne-moi ton cœur " (Pr 23, 26).

Et cependant la foule avait instinctivement raison quand elle acclamait Jésus comme le roi visible d’Israël. Jésus est le roi non seulement des individus, mais des sociétés humaines. Sa royauté est sociale. Elle s’étend au domaine politique et économique aussi bien qu’au domaine moral et spirituel. Rien n’est étranger à la seigneurie de Jésus [12].

La foule qui acclamait Jésus portait des palmes et des branches. Ces branches étaient probablement des rameaux d’olivier, – l’arbre que l’on rencontre le plus fréquemment près de Jérusalem. Les palmes et les rameaux d’olivier ont chacun leur signification symbolique. La palme exprime la victoire, l’olivier exprime la paix et l’onction. Allons au-devant de Jésus en rendant hommage à la fois à sa force et à sa tendresse, en lui offrant à la fois nos victoires (qui sont ses victoires) sur nous-mêmes et sur le péché et notre paix intérieure (qui est sa paix).

" Les gens, en très grande foule étendirent leurs manteaux sur le chemin… " Jetons aux pieds de Jésus nos vêtements, nos possessions, notre sécurité, nos biens extérieurs, et aussi nos fausses apparences et par-dessus tout nos idées, nos désirs, nos sentiments. Que le roi triomphant foule à ses pieds tout ce qui est à nous. Que tout ce qui nous est précieux lui soit soumis et offert.

La foule criait : " Hosanna ! [13] Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ". Si je suis capable de prononcer cette phrase en toute sincérité et en toute soumission, si elle exprime un élan de tout mon être vers le Roi que désormais j’accepte, je me suis, à cette seconde même, détourné de mes péchés et j’ai reçu en moi Jésus-Christ. Qu’il soit donc bienvenu et béni, celui qui vient à moi !

NOTES

[1] Au IVsiècle, la célébration de la semaine-sainte à Jérusalem s’ouvrait le samedi, veille du Dimanche des Rameaux, par un service dans le sanctuaire dit Lazarium ", à Béthanie.

[3] La semaine qui précède le dimanche de la Résurrection est appelée par les Grecs la " sainte et grande semaine ", par les Latins " grande semaine " (hebdomada major) ou " semaine sainte " (hebdomada sancta). Les Russes l’appellent " semaine de la Passion " ; ce nom prête à confusion, car les Latins nomment " semaine de la Passion " (hebdomada Passions) la semaine qui précède le dimanche des Palmes et que les Grecs appellent " semaine des rameaux ". Il ressort des documents historiques que la semaine-sainte était célébrée dans presque tout le monde chrétien à la fin du IVe siècle, avec des offices spéciaux et des jeûnes particulièrement stricts. Nous avons de nombreux et précieux renseignements sur la célébration de la semaine-sainte à Jérusalem à cette date, grâce au récit que nous en a laissé vers 388 un témoin oculaire, la pèlerine Etheria.

[7] À la fois les Grecs et les Latins donnent ce nom au dimanche qui précède Pâques. Nous savons que, dès 397, des palmes étaient, ce dimanche, bénies dans les églises de Mésopotamie. À Jérusalem, vers la même date, le dimanche des Rameaux était célébré comme il suit. Les fidèles se réunissaient au lever du jour dans l’Anastasie (église du Saint Sépulcre) ; de là, ils se rendaient au Martyrium (église du Golgotha) où était célébré le service ordinaire du dimanche. Au début de l’après-midi, une procession allait au mont des Oliviers où un office avait lieu. Vers trois heures, la procession se transportait à l’Imbomon, lieu où, selon une tradition, se serait accomplie l’Ascension de Notre-Seigneur. Un autre office y était célébré. Vers cinq heures la procession descendait à Jérusalem, les enfants portant des palmes et des branches d’olivier, et l’on chantait les vêpres dans l’Anastasie. Des prières au Martyrium achevaient la journée.

[8] Le prophète veut opposer à l’image classique des rois montant sur des chariots ou des chevaux une image nouvelle : un roi dont l’entrée dans sa propre capitale est une manifestation d’humilité. L’âne est le contraire du cheval qui suggère guerre et conquête.

[9] Le récit de Matthieu reproduit, avec de légères retouches le récit de Marc (11, 1-11). Matthieu fait de Bethphage le point de départ de l’entrée à Jérusalem, tandis que Marc mentionne à la fois Bethphage et Béthanie. Bethphage signifie " maison des figues vertes ". Y a-t-il un lien entre ce nom et la malédiction du figuier stérile, au début de la dernière semaine d’enseignement de Jésus ?

[10] La liturgie de ce dimanche est celle de Saint Jean Chrysostome.

[11] Proverbes 23 : 26.

[12] Certaines Églises – surtout qui s’appuyaient sur l’État (et particulièrement les Églises orthodoxe et luthérienne) – ont trop souvent accepté l’autorité de l’État comme suprême et indiscutée en matière d’éthique sociale, nationale et internationale. On voit même telle ou telle de ces Églises acclamer et bénir un État que maintenant combat et opprime le christianisme. L’Église romaine prêche le Christ-Roi et a institué une fête de la royauté du Christ ; mais ses silences, en certains cas récents, ont affligé beaucoup d’âmes qui attendaient d’elle certaines paroles précises. À Byzance, le césaro-papisme s’épanouissait au moment même où les décorateurs des églises se plaisaient à représenter le Christ avec les attributs de la souveraineté : Hérode aussi couronnait Jésus et l’habillait de pourpre, à sa manière…

[13] Au temps du Christ, parmi une population qui ne parlait plus l’hébreu, le mot hébreu Hosannah avait perdu sa force et son sens primitif. Il était devenu simplement une sorte d’acclamation, un cri d joie ou de bienvenue. C’est dans ce sens qu’on l’employait le septième jour de la fête des Tabernacles, appelé " jour de l’hosannah " ou le " grand hosannah ". Mais, originellement, le mot Hosannah avait un sens très fort : " sauve maintenant, prie. " Les implications du terme étaient nettement messianiques. C’est dans ce sens profond que le Saint-Esprit, lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem, a mis ce mot sur les lèvres de la foule, – sans que celle-ci en eût conscience.

Extrait du livre L'An de grâce du Seigneur,
signé « Un moine de l'Église d'Orient », 
Éditions AN-NOUR (Liban) ;
Éditions du Cerf, 1988.

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Published by Eglise Orthodoxe : Cathedrale Saint Irenee - dans Enseignement spirituel

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