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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 04:47

"Amour", "Mauriac", "Roman": voici trois entrées du livre de Denis Tillinac.

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AMOUR

A l'orée de l'âge adulte,je n'imaginais pas de destin plus enviable que celui d'un contemplatif reclus dans un monastère. Faire converger vers les crimes l'embrouillamini d'aspirations et de désirs qui me chahutaient ; peuple le temps de rituels aux fins de l'apprivoiser : alors, me disais-je naïvement, mes émois trouveront un sens et, accessoirement, mes nerfs un exutoire. J'admirais les moines et les moniales, je les admire encore, et plus l'observance est rigoureuse, plus me fascine l'absolutisme de leur renoncement : une carmélite, un chartreux, un cistercien incarnent pour moi le plus grandiose des héroïsmes. Je les enviais de psalmodier leur existence. L'idée même de cloître avait pour moi de grandes séductions. L'idée et la forme, ce carré de verdure à ciel ouvert, serti dans une guirlande de pierre. Mais outre un naturel enclin à l'escapade et rétif à la discipline, un attrait invincible pour le cotillon m'interdisait la bure. Je m'amourachais comme on s'enrhume, tout en déplorant de ne pouvoir étreindre les égéries éventuelles qui traversaient mon regard. Don, ma libido. Oh ! je n'étais pas dupe. Si peu théologien que je fusse, je mesurais l'abîme qui sépare l'amour dit de concupiscence et l'amour de charité. Celui qui désire l'effusion pour le vertige et celui qui s'oublie dans une offrande à autrui. Donc à Dieu. L'amour qui soulève les jupes, j'aurais voulu qu'il favorisât une envolée de l'âme, ou à défaut qu'il la conviât à ses jeux de mains et autres égarements. Pas très loin du panthéisme, j'avais tendance à associer dans un même hymne au divin mes émotions esthétiques, mes frissons érotiques et les élans passionnels assaisonnés de romantisme à l'eau de rose dont je souhaitais l'immortalité. C'était confus au possible. Tout de même, le cathéchisme aidant, je pressentais que l'Amour, avec une majuscule, était le fin mot de ma religiosité. De ma recherche de l'absolu. De ma quête du bonheur. De ma destinée, pour tout dire. L'Amour embrasé par le sacrifice du Christ, apuré et ennobli par un culte de la Vierge intact depuis mon enfance. Je croyais percevoir une connivence mystérieuse entre l'amitié (virile, celle des vestiaires sportifs), la compassion (envers les pauvres), le sentiment de la beauté (poésie, nature, etc.), et cette fièvre qui me nouait la gorge quand survenait une minette bien contournée. Avec ce barda incommode, l'Eglise pouvait faire un fidèle lambda, pas un saint. Ni un moine. Elle a fait un écrivain qui se confesse sur des pages blanches, tout à fait conscient des limites du genre. Sans elle j'aurais succombé à l'absolutisme le plus stérile, celui qui divinise l'art littéraire en lui vouant une passion sacerdotale. Je n'écris que pour meubler mes trous d'air en en peignant les vertiges. Pour suggérer en creux cet Amour innomable que je consume dans une boulimie épuisante. Mais pas tout à fait vaine car, grâce à Dieu, et à Son Eglise, je sais au moins vers où, vers quoi, vers qui il doit converger.

MAURIAC (et autres écrivains)

C'est avec Mauriac que j'ai ramé,à contre-courant de mon époque. Le vent qui hurle à la cime des pins de ses landes de Gascogne, je l'entendais, le l'entends encore dans les forêts sombres qui cernent mon village. La houle qu'il levait dans les cantons les plus excentrés de mon for intime, je la retrouvais dans sa prose plaintive. Les maisons de famille où les narcissismes bucolisaient au plein soleil des grandes vacances, j'ai connu cela. De même les prêtres aux soutanes râpées, la froideur de leurs sacristies, les confessionnaux bancals, la lampe rouge près du tabernacle, entre une statue de plâtre du Curé d'Ars et une autre de la petite Thérèse. En noir et blanc, comme les personnages de l'Enterrement à Ornans qui reflètent un peu l'ambiance de ce catholicisme sans joie. Il n'existe plus, ou presque plus. Pourtant , il me suffit d'entrer dans une église bocagère pour retrouver, intact, cet « adolescent d'autrefois », titre de son dernier roman – ce benêt qui se croyait tantôt appelé, tantôt maudit, et qui était lui, et qui était moi. Mauriac avait la tripe bourgeoise, il est devenu académicien, il a reçu le prix Nobel; la réussite sociale ne lui faisait pas peur, ce versant desla personnalité me le gâte un peu mais je n'ai pas envie de le juger, on a tous besoin de hochets. Sa religiosité de l'âge mûr diffère de la mienne, elle est plus doloriste, plus centrée sur la croix, espagnole plutôt qu'italienne et sans indulgence pour la Rome vaticane. Reste qu'elle a pris sa mesure en sacrifiant comme moi à l'appel d'une vocation littéraire. Je ne sais pas si Mauriac est un grand écrivain et je doute qu'il sorte jamsis du purgatoire où se lamentent tant de nos frères ès scribouillages. Trop français, trop catho d'avant le rock et la pilule. Trop « homme de lettres » aussi – et ceux-là, on les oublie vite. Moi, je ne l'oublierai pas, je le relis souvent : aucun autre écrivain n'a à ce point mis en mots mes propres émois, avec une musicalité qui en ressuscite les cris et chuchotements. Moins de cris que de chuchotements, nous sommes plus proustiens qu'hugoliens, plus mozartiens que wagnériens, et cette pente à la sourdine vient aussi de la texture de notre catholicisme, on nous a appris à murmurer nos prières, à feutrer l'expression de nos sentiments.

ROMAN

Roman : mot forgé tardivement par les historiens de l'art pour nommer cette géométrie sobre et limpide qui envoûte l'âme sous des ciels de pierre ou de brique en plein cintre. Il brode une imagerie de bures noires ou blanches psalmodiant dans la pénombre, de cloîtres buccoliques, de gisants impavides, d'absidioles qui s'emboîtent gracieusement, de nefs dont les colonnes sont comme les gardes hiératiques. Il ressuscite un Moyen Age de gueux, de pieux et de preux, une primitivité de la foi dont la candeur a enfanté des harmoniques semi-circulaires irrécusables. En somme, il définit un état de perfection où la solennité se dépouille pour mieux nous convaincre que Dieu habite ces murs, et se complaît dans leur silence. Les vestiges du roman jonchent partout le sol de l'Occident, on les débusque au hasard d'un périple, ils sont signalés aux carrrefours routiers et dans les guides de voyage comme autant de sites touristiques (2km, église romane, XIIème siècle, vaut le détour). Une mode a dénudé la pierre, une autre plus récente, s'efforce de reconstituer les coloriages originels. Peu importe. Si blasé soit-il par le « culturel », qu'on lui assène à longueur de vacances, le touriste le plus obtus pressent un mystère en découvrant la forêt de pierre dans les nefs du Vézelay, les Christ en majesté sur les tympans d'Autun ou de Moissac, l'enchâssement gracieux des absidioles d'Orcival, les Vierges de bois peintes avec l'Enfant sur les genoux, ou simplement l'harmonie toute fraîche d'une de ces églises de campagne trapues qui ressemblent aux wisigothiques de l'Espagne préromane. Ce mystère nous touche de près, car bizarrement, l'âme de nos contemporains entretient avec le roman une connivence assez spontanée. La pureté qui en émane est dépouillée de tout oripeau esthétique. A supposer qu'on puisse « réformer » les âmes (obsession récurrente du catholicisme), c'est avec la grâce sans apprêts du roman qu'il faudrait renouer en priorité.

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Actualités

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