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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 00:11

DEUX LETTRES DU PÈRE JOSEPH L’HÉSYCHASTE

Introduction.

Quelques mots d’introduction me paraissent utiles aux quatre lettres du père Joseph portant sur la prière de Jésus.

« La prière intérieure pour moi est comme l’art de chacun... », c’est ainsi que le père Joseph décrit « son rapport » avec la prière du cœur voulant de cette manière montrer qu’il s’est mis à l’apprentissage auprès d’un maître tout comme un jeune apprenti se met à l’école d’un artisan pour apprendre l’art du métier. Or après de nombreuses années dans l’ascèse de la prière du cœur, le père Joseph est devenu à son tour un « maître ». Par « maître » nous ne voulons pas dire qu’il a acquis « la maîtrise » de la prière intérieure, mais c’est plutôt elle qui a fini par maîtriser les mouvements de son esprit.

Le père Joseph n’est pas un théoricien parmi beaucoup d’autres qui ont écrit sur la prière de Jésus. Bien que ces lettres soient de véritables traités de la prière du cœur dignes d’égaler ceux des Pères neptiques, le père Joseph se révèle plus un guide sûr qu’un théologien pour ceux qui veulent apprendre à prier la prière de Jésus : « Dieu, dit-il dans une lettre, est l’origine et le tout » de la prière intérieure. Et si quelqu’un trouve qu’il insiste sur la technique, il remarquera que le père Joseph a simplifié la forme, mais que l’intention fondamentale n’a pas changé : arriver par la prière de Jésus à un état où la grâce descend dans le cœur : « Car le but de la prière intérieure est la descente de la grâce ». Or quand la grâce prend possession du cœur, non seulement elle le renouvelle, mais elle le transforme en un Temple vivant où la Sainte Trinité vient habiter (Lettre 64). Dès lors nous ne sommes plus soumis à nous-mêmes mais à la prière de Jésus. Bienheureux est celui en qui régnera la prière intérieure car il ressentira une joie et une paix permanentes. « O la joie ! O la joie ! qui remplit notre être façonné de terre ! » À un moment donné, on sent dans les lettres l’impuissance du père Joseph à trouver les mots ou à les inventer pour exprimer ce bonheur qui par sa nature transcende toute expression.

Le père Joseph considère – et ceci pourrait surprendre certains – que la prière de Jésus est la seule qui assure sans faille la garde du cœur contre l’imagination alors que les autres formes de prière, même si elles sont bonnes, ne sont pas toutes imperméables à l’égarement de l’esprit. « O combien est effrayant l’égarement de l’esprit ! » Pour cette raison, il met en avant la valeur sûre de la prière intérieure : « La prière circulaire du cœur ne craint pas l’égarement. ». […]

Un petit-fils du Père Joseph l’Hésychaste.

 

Lettre 1. À un jeune homme qui demande de quelle manière s’appliquer à la prière du cœur.

 

 

Mon Bien-aimé en Christ,

J’espère que tu te portes bien. Aujourd’hui, j’accuse réception de ta lettre et je réponds aux choses que tu m’écris. Les informations que tu me demandes n’exigent ni temps ni peine de ma part pour te les donner.

La prière intérieure pour moi est comme l’art de chacun puisque je m’y exerce depuis plus de trente-six ans. Quand je suis arrivé à la Sainte Montagne, je me suis sans tarder mis à la recherche d’ermites qui s’appliquaient à la prière [dans ces lettres la prière veulent dire la prière intérieure ou du cœur]. En ce temps, ils étaient nombreux – avant quarante ans – et ils étaient pleins de vie. Hommes de vertus. Des pères spirituels chevronnés. Nous avons choisi l’un d’entre eux mais nous les tenions tous pour nos guides.

Pour ce qui est de la prière, son activité (praxis) consiste à se faire continuellement violence pour la répéter sans relâche avec la bouche. Rapidement, au début, pour ne pas laisser le temps à l’esprit (noûs) de former une quelconque idée de grandeur. Tâche seulement d’appliquer ton attention aux mots : « Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi. » Après un assez long temps dans cette activité, l’esprit finira par s’y habituer et les récitera [sans effort]. Il y prendra plaisir car il y goûtera comme à du miel. Et il cherchera à la pratiquer continuellement. S’il l’abandonne, il éprouvera de la peine.

Quand l’esprit s’y habitue et s’en rassasie – en assimilant bien la méthode – il l’envoie au cœur. Car l’esprit est le fournisseur du cœur et son travail principal consiste à y faire descendre tout ce qu’il trouve de bon ou de mauvais ; car le cœur est le centre de la puissance spirituelle et corporelle de l’homme, le trône de l’esprit. Ainsi, lorsque celui qui prie garde son esprit à l’écart de toute imagination, et applique son attention aux paroles de la « prière », en aspirant légèrement avec un certain effort et avec sa propre volonté, il pousse son esprit vers son cœur, le tient à l’étroit, en retenant son souffle et dit avec rythme la prière : « Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi ! »

Au début, il répétera la prière plusieurs fois avant de prendre une respiration. Ensuite, quand l’esprit s’accoutumera à se tenir dans le cœur, il prononcera avec chaque respiration la prière : « Seigneur Jésus Christ » en aspirant et « aie pitié de moi » en expirant. Cette façon de faire durera jusqu’à ce que la grâce descende dans l’âme et s’active. Puis vient la contemplation (théoria).

La « prière » est donc récitée en tout lieu et en diverses postures : assis comme couché, en marchant ou en se tenant debout. « Priez sans cesse et rendez grâce en toutes circonstances », dit l’apôtre (1 Th 5, 18). Il ne suffit pas seulement de prier couché au lit. Il faut lutter. Debout – assis. Quand tu te fatigues, assieds-toi. Et encore debout. Ne cède pas au sommeil.

Tous ces exercices portent le nom de praxis. Tu montres ainsi à Dieu ta disposition intérieure ; car le résultat dépend de lui. De lui provient la force nécessaire. Dieu est l’origine et la fin [de la prière du cœur]. Sa grâce opère tout. Elle est la force motrice.

Or l’amour apparaît et opère en celui qui garde les commandements : quand tu te lèves la nuit pour prier, quand tu es mû de compassion pour un malade, et quand tu te montres miséricordieux envers la veuve, les orphelins et les personnes âgées, alors Dieu t’aime. Et toi, à ton tour, tu lui montres ton amour. C’est lui qui t’a aimé le premier et répand sa grâce. Et nous, nous lui rendons « ce qui est à toi, le tenant de toi. » Quand tu cherches Dieu par la seule « prière », ne laisse pas sortir un souffle de ta bouche sans l’associer à elle. Tâche encore une fois de garder ton esprit loin des chimères. Car le divin est sans forme, sans figure et sans couleur. Il est plus que parfait. Il rejette toute forme de syllogisme. Il opère et agit comme une brise légère sur notre esprit. Quant à la componction, elle vient quand tu médites sur les choses qui ont attristé Dieu. Alors qu’il est tellement bon, doux, miséricordieux, qu’il est le bien et la plénitude d’amour, et qu’il a été crucifié et a enduré toutes les souffrances ; si tu médites sur toutes ces choses et sur combien d’autres encore, ton cœur se remplira de componction.

Si donc tu le peux, applique-toi à la prière à haute voix et incessamment. Tu t’y habitueras en deux ou trois mois. La grâce te couvrira et te rafraîchira. Et lorsque l’esprit recevra la prière, tu ne la diras plus par la bouche. Tu auras alors du répit. Et encore de nouveau, lorsque l’esprit l’abandonnera, la langue la reprendra. La violence envers soi doit porter sur l’effort vocal de dire la prière jusqu’à ce que l’habitude s’installe. Ensuite, ton esprit prononcera la prière sans peine tout au long de ta vie.

Lorsque tu viendras, comme tu nous l’annonces, à la Sainte Montagne, viens nous voir. Mais alors nous parlerons d’autres choses. Tu n’auras pas de temps pour la prière. Tu ne t’y mettras que lorsque tu auras réalisé la paix (hésychia) en ton esprit. Ici, tandis que tu visiteras les monastères, ton esprit sera occupé à écouter et à regarder.

Je suis certain pourtant que tu réussiras à te former à la prière. N’en doute pas. Seulement frappe à la porte de la divine miséricorde et le Seigneur t’ouvrira. Aime-le beaucoup, pour recevoir beaucoup. Car c’est selon le degré d’amour que nous lui montrons, que nous recevrons peu ou prou.

 

 

Lettre 2. Au même, encore sur la prière
et plusieurs autres thèmes.

 

 

Je suis heureux de constater ton ardeur qui ne peut que profiter à ton âme. Et moi, de mon côté, j’ai la soif d’être utile à chaque frère qui veut être sauvé. Alors, mon bien-aimé et plus que tendre frère, ouvre bien grandes tes oreilles. La prédestination de l’homme, depuis qu’il est né dans cette vie, est de trouver Dieu. Il ne peut y arriver que si Dieu l’ait en premier cherché. « En lui nous vivons et nous nous mourons », mais les passions nous ont clos les yeux de l’âme et nous empêchent de voir. Lorsque le plus-que-bon Dieu tourne son regard sur nous, nous nous réveillons comme d’un sommeil et nous commençons à quêter notre salut.

Quant à ta première question : Dieu maintenant t’a vu, t’a illuminé et te guide. Travaille à faire sa volonté là où tu es. Dis sans relâche la prière avec la bouche et avec l’esprit. Quand ta bouche se fatiguera à force de dire la prière, l’esprit prendra la relève. Et de nouveau, quand l’esprit se lassera, la bouche recommencera. Seulement ne t’arrête pas. Fais beaucoup de métanies. Veille la nuit autant que ta force te le permet. Lorsqu’une flamme s’allumera dans ton cœur et qu’un amour envers Dieu l’embrasera, lorsque tu chercheras l’hésychia, parce que tu ne pourras plus rester renfermé dans le monde – car la prière brûle dans ton for intérieur, dès que tu éprouveras tout cela, écris-moi et je te dirai quoi faire. Si toutefois, la grâce ne s’active pas de cette manière, mais que toi tu ne relâches pas ton zèle et pratiques les commandements du Seigneur à l’égard de ton prochain, alors trouve en cela ton repos car tu es bien comme tu es. Ne cherche pas à recevoir plus... Sur le sens de la différence entre les trente, soixante et cent [deniers], tu le liras dans l’Évergetinos. Tu y trouveras aussi bien d’autres choses fort utiles.

Réponse à tes autres questions : la prière en principe devrait être pratiquée mentalement. Mais parce qu’au commencement l’esprit n’en a pas l’habitude, il oublie. C’est pourquoi il est nécessaire d’alterner et de réciter la prière tantôt avec la bouche tantôt avec l’esprit jusqu’à ce qu’il en soit rassasié et qu’elle devienne activité [énergia].

On appelle activité la sensation de joie et d’allégresse que tu éprouves à l’intérieur de toi pendant la prière. Lorsque donc l’esprit entre « en possession » de la prière, celle-ci devient l’émotion de joie dont je viens de parler et se dit continuellement sans effort de ta part. On donne à cet état le nom de sensation – activité [énergia] – parce que la grâce opère sans le concours de la volonté de l’homme. Celui qui a atteint cet état, marche, dort, se réveille et à l’intérieur de lui-même a la prière incessante. Celui-là est rempli de paix et de joie.

En ce qui a trait aux heures de la prière, puisque tu vis dans le monde et que tu as maintes préoccupations, lorsque tu trouveras quelque temps de libre, adonne-toi à la prière. Fais-toi violence pour ne pas la négliger. Quant à la contemplation, c’est chose très difficile car elle exige que l’on ait la paix intérieure absolue.

La condition spirituelle se divise en trois états selon l’activité de la grâce en chaque homme. Le premier état est celui de la purification où la grâce purifie l’homme ; toi, tu te trouves dans cet état-là. Chaque élan que tu ressens pour les choses spirituelles est tributaire d’elle. Aucune initiative dans ce domaine ne t’appartient en propre ; la grâce mystiquement opère tout. Cette grâce, donc, lorsque tu te fais violence, élit domicile en toi pendant un certain nombre d’années. Et lorsque l’homme progresse dans la prière intérieure, il reçoit une autre forme de grâce, de beaucoup différente de la précédente.

Donc, le premier état s’appelle sensation-énergie et il est identique à la grâce purificatrice, car l’orant ressent à l’intérieur de lui-même une motion-énergie divine.

Le deuxième état correspond à celui de l’illumination ; car on reçoit la lumière de la connaissance qui amène à la contemplation de Dieu. Il ne faut pas la confondre avec « les lumières », les fantaisies, les diverses représentations. Mais elle éclaire l’esprit, le rend limpide et lumineux, elle opère la purification des pensées, elle ouvre l’intelligence aux pensées élevées. Pour acquérir cette grâce, l’orant doit être dans un état parfait de paix intérieure (hésychia) et avoir un guide expérimenté. Le troisième état - la descente proprement dite de la grâce [dans le cœur] – est celui de la grâce qui parfait et qui est un grand don. Je ne t’écris pas davantage là-dessus car ce n’est pas nécessaire. Si toutefois tu désires lire à ce sujet, j’ai écrit, malgré mon ignorance, sur les énergies opérantes de la grâce, une œuvre intitulée « Trompette spirituelle ». Essaie de la trouver. Achète aussi les écrits de saint Macaire chez l’éditeur Schinias, et ceux de l’abbé Isaac [Saint Isaac le Syrien] et tu en tireras beaucoup de profit. Écris-moi sur les transformations [spirituelles] que tu éprouveras et moi je te répondrai avec beaucoup d’empressement.

Ces temps-ci, je ne m’arrête pas de répondre aux lettres que je reçois. Cette année, des personnes sont venues d’Allemagne dans le seul but de connaître la prière du cœur. Je reçois des lettres d’Amérique qui décèlent un empressement, comme de Paris et, dans toutes, les auteurs s’enquièrent de la prière intérieure. Mais ici, chez-nous, c’est le contraire. Est-ce une corvée que d’invoquer sans relâche le nom de Jésus pour nous attirer sa miséricorde ?

Pour finir, une idée erronée qui provient du malin, prédomine : à savoir qu’en pratiquant la prière, on tombe dans l’erreur alors que c’est le contraire. Celui qui en sent le désir, qu’il s’y applique. Et lorsque l’activité de la prière aura duré longtemps, celui-là deviendra lui-même un paradis. Il se libérera des passions, il se transformera en un homme nouveau. Et si celui qui s’adonne à la prière vit dans le monde, il en recevra beaucoup plus de bienfaits que celui qui a choisi le désert.

Reproduit de Contacts, Vol. 43, No 154, 1991.

 

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