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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 01:18

SEPTUAGESIME

 

Saint Jean de Saint Denis 

 (1954)

Comme dans les contes où l'enfant émerveillé devant tant de richesses ne sait plus que choisir, de même la liturgie nous offre aujourd'hui tant de splendeurs qu'il me faudrait parler des heures et des heures. Certes, Paul conversait des nuits entières, si longtemps, parfois, qu'un enfant envahi de sommeil tomba un soir par la fenêtre, mais Paul le ressuscita (Actes 20, 9-12).

Aujourd'hui, où nous arrêter ?

Que propose la Genèse sur le début de la création du monde, sur le péché originel, sur Adam et Eve se connaissant nus (Gn 3, 7), et la raison pour laquelle ils se couvrirent de peaux de bêtes, sur la course dans le stade dont parle l'apôtre Paul, sur la parabole évangélique des ouvriers de la onzième heure travaillant dans la vigne ? Peut-on passer un de ces sujets sous silence ? Et pourtant, l'Esprit-Saint nous donne un conseil : la première pensée qui te vient à l'esprit est la mienne, la seconde est la tienne, la troisième est celle du Malin ; alors je suivrai aujourd'hui son conseil et je parlerai de la première pensée qui m'est venue en arrivant à l'église : je parlerai du praelegendum (introït).

Le praelegendum de la Septuagésime (soixante-dix jours avant Pâques) contient une opposition : «Dans ma détresse, j'invoque le Seigneur ; les douleurs de l'enfer m'environnent» : nous voici plongés dans les tourments, les angoisses, l'abîme du désespoir, nous sentons passer le souffle de la mort et, simultanément, le verset du praelegendum continue : «Je t'aime, Seigneur ! Tu es ma force, mon appui, mon libérateur», nous transportant ainsi dans l'amour, l'optimisme et la certitude.

C'est ici un critère : plus les opposés coexistent en nous, et plus authentique est notre vie religieuse. Point de vie spirituelle avec un seul aspect.

Plus nous progressons et plus nous sentons que nous ne sommes rien : pécheurs, petits, néant, ignorants ; et le Christ est en nous, et notre bonheur grandit, et si vive est notre joie que nous désirons nous écrier : Assez ! je ne supporte pas une telle joie ! Plus on demande pardon et plus on est pardonné !

De même, distinguons-nous dans l'Orthodoxie les diverses doctrines du monde et les différents états d'âme : d'une part, l'âme lumineuse qui ne voit pas l'abîme : celle-ci plane en de hautes sphères sans connaître le gouffre où elle tombera en cette vie ou en l'autre ; d'autre part, l'âme qui n'est, au contraire, que souffrance pour le monde, qui ignore la sérénité et la joie de Dieu : celle-là se débat dans la boue, frôlant le désespoir, la révolte ; beaucoup, enfin, ne sont ni chair ni esprit : un peu de lumière, très peu de pénitence, très peu de joie.

Nous ne sommes rien, créés de rien, et pourtant dieux par la grâce. Cette antinomie illogique est logique sur un autre plan. Tout ce qui est véridique porte la marque de cette antinomie. Considérez, par exemple, le mouvement de l'eau entre deux niveaux : si les niveaux sont différents, le mouvement s'accentue. De même progressons-nous, car cette antinomie nous conduit dans le sens de la création. Dieu a posé un autre que Lui, le monde, pour l'amener à Lui.

Tout être saisi par l'approche de Dieu ne sait que chanter : «Saint ! Saint ! Saint ! est le Seigneur!» Mais criez aussi, parfois, «Seigneur, aie pitié de moi». Si vous ne sentez pas les deux en vous, le chemin est mauvais.

En ce temps de carême, poursuivons notre course, notre combat vers la prise de conscience, et de nos péchés, et de notre joie en Dieu.

A Lui, gloire et honneur, dans les siècles. Amen.

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Published by Monastère Orthodoxe de l'Annonciation - dans Homélies

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