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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 08:23
À QUOI BON L’ÉGLISE ?
 

par le père Cyrille Argenti

" Je suis croyant, mais pas pratiquant. " Ou encore : " Je crois en Dieu, je crois au Christ, mais en l’Église, non. " Voilà les phrases que répètent des dizaines de milliers de jeunes gens aujourd’hui. Voilà pourquoi tant de personnes qui se disent " croyantes " et qui même souvent ont été baptisées – notamment dans l’Église orthodoxe – ne " vont pas à l’Eglise " et déclarent ne pas être " pratiquantes ". Mais quelle est donc cette " croyance " que l’on ne met pas en pratique ? Quel est donc ce Dieu auquel on croit mais que l’on ne cherche pas à rencontrer ? Qui est donc ce Christ que l’on admire et auquel on ne désire pas s’unir? Quelle est donc cette Église en dehors de laquelle on se tient ?

Dieu est tout ou Il n’est pas

" Je crois qu’il y a quelque chose au-dessus de nous ", " j’admire et je respecte le Christ "... C’est vrai, ces gens-là ne sont pas athées. Ils sentent confusément que Dieu existe, ils trouvent que Jésus est une personne admirable, mais ils ne cherchent pas trop à approfondir le rapport entre l’une et l’autre. Cette croyance et cette admiration ne les engagent pas ; ils ne se mouillent pas. Elles leur inspirent juste quelques bons sentiments : ils ne voudraient faire de mal à personne, ils n’aiment pas la violence, ils sont tout prêts à rendre service ; au fond, ils sont très gentils. On leur a tellement parlé du " bon Dieu " et du " petit Jésus "... On a omis de leur rappeler, comme le fait l’épître aux Hébreux évoquant Moïse, que " Dieu est un feu dévorant " (Hé 12, 29), que le Christ a dit : " C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre " (Lc 12, 49), et encore : " Celui qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi " (Mt 10, 37) ; " Ce sont les violents qui s’emparent du royaume de Dieu " (Mt 11, 12) ; " N’allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix mais bien le glaive ; je suis venu séparer le fils de son père, la fille de sa mère " (Mt 10, 34-35). Enfin : " Les tièdes, je les vomirai de ma bouche " (Ap 3, 16). […]

Face au Christ, on prend position : on l’adore ou on le crucifie. Il est ou la pierre d’angle ou la pierre d’achoppement. Si l’on croit en Lui, on se joint à Lui ; si l’on croit qu’Il est le Créateur, l’alpha et l’oméga, le début et la fin, on lui donne tout : la rencontre avec le Ressuscité devient le but primordial de la vie. La liturgie du dimanche matin, l’union spirituelle et chamelle avec le corps et le sang du Christ dans la communion, devient alors le moment crucial de la semaine.

Dieu est tout ou Il n’est pas. Il ne peut être un élément, un aspect, une partie de la vie. Ou alors, Il ne serait pas Dieu. Si l’on croit en Lui, on s’engage pour Lui. Et si l’on croit que le Christ est Dieu, qu’Il est vraiment ressuscité des morts, qu’Il est présent dans l’assemblée eucharistique, qu’Il y vient nous rencontrer, pour nous transformer, nous guérir, nous délivrer de l’emprise de la mort, nous introduire dans l’intimité de la vie du Dieu trinitaire, alors comment peut-on ne pas pratiquer ? Si quelqu’un te fixe un rendez-vous pour te donner un milliard de francs et que tu le crois, n’iras-tu pas à ce rendez-vous ? Le Christ te promet bien plus : le Saint Esprit, c’est-à-dire Dieu lui-même : " Si donc vous qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-Il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent " (Lc 11, 13). Il te donne pour cela rendez-vous à la liturgie eucharistique. Peux-tu le croire et ne pas aller au rendez-vous ? Peux-tu être sincèrement croyant et ne pas être pratiquant ?

Dieu avec nous

Le fait que tant de gens disent ne pas croire en l’Église et ne pas être " pratiquants " révèle sans doute un malentendu fondamental sur le sens du mot " Église " et la réalité qu’il exprime. L’Église, pour le Français moyen, évoque la papauté, l’épiscopat, le clergé, " les curés ", l’ensemble de l’organisation ecclésiastique, en un mot l’institution telle qu’historiens et sociologues peuvent la décrire, telle que l’incroyant peut la connaître aussi bien que le croyant. C’est cette institution, avec ses fastes et ses crimes, que la Réforme protestante a rejetée, développant une conception plus individualiste et intériorisée de la vie chrétienne. Celle-ci se situerait exclusivement au niveau de la conscience personnelle : " Entre Dieu et moi, aucune médiation autre que celle du Christ, unique médiateur, n’est acceptable. " Les faiblesses et les défaillances de l’Église-institution ont contribué à donner une large audience à ce point de vue, non seulement en milieu catholique romain mais aussi parmi les orthodoxes, souvent plus imprégnés d’une conception romaine ou protestante que d’un sens vraiment orthodoxe de l’Église.

Il convient donc, d’une manière urgente, de redécouvrir le vrai sens de l’Église. Pour cela, écoutons le grand prophète Isaïe, cité dans le cantique que nous chantons à l’occasion de chaque mariage comme de chaque ordination diaconale, sacerdotale ou épiscopale : " Isaïe danse de joie, la Vierge enfante, elle a mis au monde un Fils, Emmanuel. " Emmanuel, en hébreu, signifie " Dieu avec nous. " Tel est le nom donné à Jésus. Le Christ, c’est " Dieu avec nous ". Et " Dieu avec nous ", c’est l’Église. Non pas Dieu avec moi, mais Dieu avec nous.

Depuis qu’Il s’est fait homme en naissant de la Vierge Marie, Dieu est avec nous : " Là ou deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis parmi eux " (Mt 18, 20). Le Crucifié-Ressuscité est vivant ; Il continue d’être avec nous. L’Église est cette présence du Ressuscité au milieu de ses fidèles, ou plutôt ce rassemblement autour de Lui de ses fidèles, qui lui sont agrégés, qui forment corps avec Lui, qui sont son Corps, Lui étant la tête. C’est cette unité mystérieuse – que le Saint Esprit réalise entre le Christ et ses fidèles – qui fait l’Église : " Je suis la vigne, vous êtes les sarments " (Jn 15, 5). Et encore : " Telles des pierres vivantes vous deviendrez, vous aussi, des matériaux de cette bâtisse spirituelle " (1 P 2, 4). Nous sommes les branches d’une vigne dont le Christ est le tronc ; les membres d’un Corps dont le Christ est la tête, les pierres vivantes d’une bâtisse spirituelle qui repose sur l’unique " pierre d’angle " (1 P 2, 7). Par le baptême, nous dit saint Paul, " nous sommes devenus une seule plante avec Lui " (Rm 6, 5) ; par la communion eucharistique, nous devenons un seul corps avec Lui : " Qui mange ma chair et boit mon sang, je demeure en lui et lui en moi " (Jn 6, 56). Tel est le miracle qu’opère le Saint Esprit. Mais si nous ne croyons pas au Saint Esprit, nous ne croyons pas en l’Église.

Présence de la Parole

Le Christ est donc la tête, l’Église est le Corps, et nous sommes les membres. Uni à la tête, chaque membre exerce sa fonction propre et y trouve sa raison d’être. Si l’Église est cette mystérieuse unité organisée et intime entre le Christ et ceux qui croient en Lui, comment se traduit-elle dans la réalité de la vie de l’Église d’aujourd’hui ? Comment le Christ ressuscité y est-il effectivement présent, selon sa promesse : " Je serai avec vous jusqu’à la fin des temps " (Mt 28, 20) ? Comment ses fidèles vivent-ils " en Lui ", unis entre eux et à Lui aussi intimement que les membres d’un corps à la tête, que les sarments au cep, que les pierres d’un édifice à la pierre d’angle ?

Le Christ, Fils unique et Verbe de Dieu, vrai Dieu de vrai Dieu, est présent de plusieurs manières. Il l’est d’abord par sa Parole qui se fait chair et descend dans le monde pour se faire entendre, c’est-à-dire par son Esprit, le don du Saint Esprit qui manifeste sa présence dans la proclamation et la prédication de la Parole. C’est précisément ce que les disciples ont vécu, devenus langues de Dieu par l’opération du Saint Esprit.

C’est dire que l’Église n’est pas une société de philosophie diffusant une doctrine, mais le mystérieux réceptacle de la présence dans le monde du Christ ressuscité, vivant par l’opération du Saint Esprit au sein de ses fidèles. Certes, nous ne le voyons pas comme Thomas le voyait, ou tel que nous le verrons lorsqu’Il reviendra avec gloire juger les vivants et les morts. Mais Il est présent par son Esprit dans la Parole annoncée, un peu comme celle d’un correspondant dont la voix se fait entendre dans l’écouteur téléphonique. En réalité, aucune image ne peut traduire cette réalité spirituelle qui constitue l’être profond de l’Église.

On objectera évidemment que l’Église se présente à nous comme une société d’hommes pécheurs. Et lorsque l’on connut toutes les laideurs, toutes les mesquineries, toutes les ambitions, tous les appétits et parfois même tous les crimes qui ont marqué cette société, on se demande comment elle peut bien être le Corps du Christ, " l’épouse sans tache ni ride ", la future Jérusalem céleste éclairée par le triple et resplendissant Soleil de l’Unique Divinité ? De la même manière, lorsque Pilate présenta à la foule des juifs " l’homme de douleurs " au visage ensanglanté et souillé de crachats, il fallait beaucoup de foi pour y reconnaître le Roi de gloire qui trône sur les Chérubins ; pourtant, c’était bien Lui. Le mystère de l’Église, c’est justement cette présence du Verbe divin, de la Parole de Dieu, de la deuxième Personne de la Sainte Trinité au sein d’une société de pécheurs qui défigurent et caricaturent – plus ou moins selon les lieux et les époques – l’image du Christ qu’elle a pour vocation de présenter au monde. C’est bien là, incarné dans son Église et vivant dans son Corps, que se cache et se manifeste le Fils de Dieu. C’est bien là que le croyant peut entendre sa voix, le rencontrer et s’unir à Lui.

Présent dans son Église par sa Parole, le Fils de Dieu s’y incarne plus mystérieusement encore par la divine eucharistie. L’opération du Saint Esprit, qui rendit le Verbe présent dans le sein de la Vierge Marie ainsi que dans l’assemblée des fidèles par le don des langues, le rend également présent dans le pain et le vin afin qu’Il soit présent en ceux qui y communient, confirmant la parole du Christ : " Ceci est mon corps... Ceci est mon sang... " Le Saint Esprit change le pain et le vin en corps et en sang du Sauveur afin que ceux qui y communient soient changés eux aussi par le même Saint Esprit et deviennent réellement membres du Corps du Christ. C’est dire que le Saint Esprit fait de l’Église – nourrie de l’eucharistie – la chair du Christ. Le mystère eucharistique, comme le mystère de la Parole et avec lui, est constitutif de l’Église : édifiés par la Parole de Dieu et nourris par la chair et le sang du Christ, les membres de l’Église sont transformés par le Saint Esprit en cellules du Corps du Christ, en sorte que l’Église devient véritablement chair de Dieu, que le Fils s’incarne en elle, qu’elle prolonge et perpétue la présence dans le monde du Verbe divin. Emmanuel – " Dieu avec nous " – n’est pas seulement avec les Juifs de l’époque de Ponce Pilate, mais avec tous les croyants de tous les temps et de tous les lieux qui se nourrissent du pain et du vin " eucharistifiés " (Justin). L’eucharistie perpétue et actualise en tout lieu et en tout temps le mystère de l’Incarnation ; par elle, le Saint Esprit christifie l’Église.

Un seul Grand Prêtre

Notre Seigneur Jésus Christ, homme et Dieu, est le seul intermédiaire entre les hommes et Dieu. C’est Lui qui vient faire connaître aux hommes le Père qu’Il est le seul à connaître ; c’est Lui qui intercède sans cesse auprès du Père pour les hommes, ses frères. Il est notre seul Grand Prêtre qui s’est offert lui-même une fois pour toutes en sacrifice sur la Croix, pour les péchés des hommes.

Ce sacerdoce, le Christ – prêtre pour l’éternité – l’exerce actuellement avec tout son Corps qui est l’Église ; c’est toute l’Église en tant que Corps du Christ qui prolonge, perpétue, actualise le sacerdoce du Christ. En effet, l’Église continue à annoncer au monde la Parole qu’elle porte en elle, actualisant la révélation que nous a faite le Seigneur Jésus. À travers la prédication de l’Église, c’est le Christ qui parle au monde. De même, l’Église continue à offrir l’unique sacrifice du Christ sur la Croix par le mystère du pain et du vin " en faisant cela en mémoire de Lui ". À travers l’offrande de l’Église, c’est le Christ qui s’offre pour le salut du monde. […]

Lorsque le Christ, le jour de sa résurrection, insuffla aux seuls apôtres le Saint Esprit, en leur disant : " Recevez le Saint Esprit, ce que vous délierez sur terre sera délié au ciel " (Mt 18, 18), Il leur conféra ce que nous appelons aujourd’hui le sacerdoce ministériel qui est reçu dans le sacrement de l’ordre. Lorsqu’Il envoya ce même Saint Esprit à tous les disciples assemblés " d’un seul cœur " le jour de la Pentecôte, il leur conféra le " sacerdoce royal " (1 P 2, 5) que les fidèles reçoivent aujourd’hui dans le sacrement de la chrismation.

Sacerdoce ministériel ou sacerdoce royal, sacerdoce du clergé ou sacerdoce des laïcs, diversité de dons et diversité de fonctions, il s’agit toujours d’un même Esprit agissant dans chaque membre, afin que l’ensemble du Corps qui est l’Église exerce l’unique sacerdoce du Christ, c’est-à-dire actualise dans le monde d’aujourd’hui l’action rédemptrice de notre unique Grand Prêtre Jésus Christ, prêtre pour l’éternité. Le sacerdoce du Christ se perpétue et s’actualise dans l’œuvre symphonique de son Église : l’Esprit fait résonner la voix du Fils dans le monde par la multiplicité et la diversité des instruments dont Il se sert. Le mystère du sacerdoce – celui des ministres et celui des laïcs – comme le mystère de l’eucharistie et le mystère du don des langues, n’est qu’un aspect de cet unique mystère de l’Église. Un mystère par lequel le Saint Esprit incarne le Verbe dans l’ensemble des fidèles et rend ainsi le Christ mystérieusement, ou plutôt mystériquement – c’est-à-dire sacramentellement – présent dans le monde, en attendant qu’Il y revienne visiblement et avec gloire le jour de son second avènement.

La vie en Christ

La vie chrétienne ne se réduit pas à une morale, à l’obéissance à des commandements, à l’écoute d’un message : nous ne sommes pas seulement des disciples qui accueillons l’enseignement du Maître. La vie chrétienne est une vie en Christ : " Ce n’est plus moi qui vis, c’est Lui qui vit en moi " (Ga 2, 20). Et s’il vit en toi, en moi, en lui, Il vit en nous. L’Église, c’est Dieu en nous. Nous unis par l’opération du Saint Esprit au Dieu fait homme, au Christ ; nous unis entre nous, par Lui et en Lui unis.

Réduire la vie chrétienne à l’acceptation d’une doctrine, à l’imitation d’un maître, à l’enseignement d’une morale, c’est en faire une religion, un " isme " parmi d’autres. Le mot " christianisme " n’existe pas dans le Nouveau Testament. C’est un terme de sociologue, d’historien, voire d’incroyant. Mais si nous découvrons que depuis que le Fils s’est fait homme et a donné le Saint Esprit, les hommes peuvent se joindre au Christ, s’unir réellement à Lui, vivre de Lui et en Lui ; si nous découvrons également que le lieu de cette rencontre entre le Créateur et ses créatures, le lieu où le Saint Esprit effectue cette greffe des hommes sur le Christ-Dieu, le lieu où les hommes réconciliés avec Dieu – parce qu’unis au Dieu-homme – sont aussi réconciliés entre eux, s’appelle l’Église, alors nous pouvons proclamer avec le Credo : " Je crois en l’Église. " […]

Dès lors, posons-nous sérieusement la question : qu’est-ce que l’Église pour nous : une affaire de curés, une institution séculaire qui joue un rôle plus ou moins important dans la société, ou bien notre propre famille dont nous nous sentons responsables ? Et pourquoi allons-nous à la messe, à la Divine liturgie de temps à autre le dimanche ? Y allons-nous pour nous recueillir et prier pour nos parents défunts, ou bien parce que, étant à la fois l’œuvre de Dieu (" divine ") et l’œuvre du peuple, elle est pour nous la source d’énergie qui donne le courage d’affronter la vie, lui donne son sens, sa finalité en l’orientant vers le royaume de Dieu ? Est-elle vraiment pour nous le point de départ et le point d’arrivée de la semaine, le cordon vital reliant la vie terrestre et la vie céleste, le moment privilégié projetant la lumière de la résurrection sur tous les événements du quotidien ? Est-elle vraiment pour nous le lieu où se tissent les liens privilégiés entre frères et sœurs, où s’édifie la communauté des croyants, le laboratoire où se fait l’Église ?

Extrait de Cyrille Argenti, N’aie pas peur
Le Sel de la terre/Cerf, 2002.

http://www.pagesorthodoxes.net

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