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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 14:27

Mgr Jean - Dimanche 3 Février 1957

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

 

La fête de la Sainte Rencontre, de la Chandeleur comme on l'appelle populairement, réunit deux fêtes : celle de l'Évangile et celle du paganisme. Ne vous étonnez point. Nombre de fêtes chrétiennes mêlent ce qui sort de la Bible et de l'Écriture Sainte aux coutumes païennes. Ainsi Noël, la Naissance du Sauveur, était aussi la fête du soleil. De même, la Chandeleur avec ses crêpes en forme de soleil ses luminaires que nous allumons et bénissons nous arrive des peuples antiques qui bénissaient les lumières le 2 février, quarante jours après le solstice de la fête de Noël. Car Noël et la Chandeleur sont liées aux quarante jours. Les quarante jours, vous le savez, signifient dans toutes les traditions un chemin long, pénible, à travers les épreuves, vers la terre promise et la libération.

 

Dans toutes les religions comme dans la chrétienne, avait lieu aussi, la purification de la mère quarante jours après l'enfantement, et après la mort, l'Église prie pendant quarante jours pour l'âme éprouvée du défunt ; les chrétiens ont recueilli ces rites de la Bible et de l'Égypte. Aujourd'hui, nous unissons donc d'une certaine manière les traditions païennes aux traditions bibliques. Nous le faisons, d'ailleurs, chaque fois que nous prononçons le Credo. Quand nous disons : "Créateur du ciel et de la terre", nous employons les termes hébreux, "du monde visible et invisible, nous nous servons d'expressions grecques.

 

        C'est la fête de la purification de celle qui est pure, de l'accomplissement des lois par Celui qui donne les lois et est au-dessus d'elles. La Vierge s'incline, acceptant d'être purifiées, elle qui est étrangère aux souillures, le Christ se laisse porter au temple, Lui, Créateur du temple et objet de son culte.

 

        Pourquoi cette acceptation volontaire, cette humiliation ? Pourquoi Marie se range-t-elle parmi les autres femmes et Dieu incarné parmi les enfants ordinaires ? Pourquoi ne ressortent-ils point, pourquoi ne proclament-ils pas leur supériorité ? elle par son intègre virginité, Mère de Dieu, Lui par sa divinité ?

 

        Leur démarche nous enseigne que les enfants de la grâce et de la lumière n'aiment pas se soustraire aux conditions courantes de la vie.

 

        Comme enfants de la grâce, mes amis, vous êtes libérés des lois, vous n'êtes plus obligés de payer à César ce qui revient à César, ni à quiconque ; - comme dit l'apôtre Paul : "Tout est possible pour nous", et il ajoute : "tout n'est pas utile" - vous êtes affranchis non point pour le désordre mais pour vous soumettre librement aux conditions humaines, les vivre librement en Christ sans en subir la nécessité comme les gens de ténèbres et de chair.

 

        La Sainte Rencontre nous donne encore une autre leçon.

 

Poussé par l'Esprit-Saint, le vieillard Siméon reçoit quelque chose dans ses bras ; il reçoit quelque chose de plus fort et de plus admirable que ce charbon ardent qui brûla les lèvres du prophète Isaïe. Ce vieillard qui récapitule la sagesse de l'antiquité, tient visiblement un enfant innocent ; en réalité, il Le porte non pour le protéger du froid ou des dangers extérieurs mais pour implorer de Lui la bénédiction et la libération : "Et maintenant, Seigneur" appelle-t-il cet enfant, - "Kyrios", c'est-à-dire : Dieu - "Et maintenant, Dieu, Maître, laisse Ton serviteur s'en aller en paix". Insigne mystère ! Ce geste de Siméon enferme l'âme et l'esprit de l'Eglise ; elle est la vieillesse chargée de tradition, de connaissance, de sagesse, de patience tenant en ses bras Dieu jeune, Dieu-Enfant. A chaque instant, elle éclate de jeunesse divine. Quoi de plus traditionnel, de plus vieilli que l'Eglise ; ses mains tremblent et pourtant ces mains défaillantes soutiennent la perpétuelle jeunesse de Dieu naissant, de la grâce et de la lumière resplendissantes. Le même miracle se produit dans les âmes des hommes. Un homme brisé, ridé par les épreuves de ce monde arrive dans l'Eglise et la grâce foudroyante, invisible, efficace, du Saint-Esprit la rajeunit.

 

        Chaque dimanche, en communiant au Corps et au Sang, du Christ, nous recevons le feu du charbon ardent, le Christ enfant, le Verbe incarné.

 

J'aurais encore à vous parler de la fête de la Sainte Rencontre, mais je voudrais aujourd'hui célébrer avec vous une autre fête qui se greffe à ce mystère : le vingtième anniversaire de l'Orthodoxie Occidentale.

 

            Il y a exactement vingt ans, Monseigneur Irénée Winnaert en donnant les cierges de la Chandeleur, introduisait dans l'Orthodoxie la première communauté occidentale. Vingt ans ! Non, ce n'est pas juste. L'Orthodoxie occidentale française n'a pas vingt ans, elle a deux mille ans et, selon les paroles de l'historien Eusèbe elle a tous les mille ans. En effet, ce qui est arrivé il y a vingt ans, n'était qu'une manifestation de ce qui était déjà. Si par instants, l'Eglise de France dévia de sa route et trahit sa vocation, elle fut quand même présente du moins potentiellement et plus que potentiellement. Cette Église plantée par Jean le bien-aimé, Polycarpe, Irénée, par Lazare, Marie-Madeleine, Marthe, enracinée par tous ces apôtres et leurs successeurs directs, cette Église qui naquit comme un enfant des entrailles évangéliques, est immortelle. Lorsque nous célébrons la Divine Liturgie. dans ce temple, nous sentons ces innombrables saints connus et inconnus, témoins et lutteurs, inspirés et laboureurs de la grâce, présents parmi nous et chantant avec nous "Saint, saint, saint est le `Seigneur Dieu qui était, qui est, qui vient, car Il nous a fait rois et prêtres" de ces mystères sacrés. Non, nous ne fêtons pas vingt ans, nous fêtons comme disent les liturgies occidentales - "car ceci est la nouvelle et éternelle alliance" - l'éternelle alliance de l'Église de France avec la plénitude de l'Orthodoxie, de la Lumière éclairant tout homme avec nous qui sommes éclairés par cette lumière. Nous fêtons les fiançailles du Christ et de son Épouse. C'est pour l'Eglise de France que nous avons exprimé dehors, sur le tympan de l'église, la Vierge Royale, Mère de Dieu, en l'inscrivant en forme d'orante, c'est-à-dire dans l'attitude de la prière perpétue sur la carte géographique de la France.

 

C'est pour cette France orthodoxe que nous prierons aujourd'hui pendant la messe. Et nous nous souviendrons de deux noms, celui de Serge le Grand, père de l'Église du XXème siècle et d'Irénée, notre père dans l'Orthodoxie Occidentale.

 

Amen !

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Published by Eglise Orthodoxe : Cathedrale Saint Irenee - dans Homélies

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