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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 01:53

(1961) 

Saint Paul dans son épître parle du fils libre et du fils d'une servante : Ismaël et Isaac. Isaac est libre, Ismaël ne l'est pas. Ismaël est l'ancêtre de l'Islam, du peuple arabe, Isaac l'ancêtre du peuple juif et, symboliquement, des chrétiens. Ces deux enfants du père de la foi, Abraham, naissent l'un après l'autre, le premier, Ismaël, d'une femme esclave, l'autre arrivera plus tard, enfant d'une femme qui était stérile mais libre : Sarah.

Quel est le sens de ce récit dans notre vision du monde ? Un chrétien ne doit pas savoir seulement «comment» faire son salut, mais aussi voir clair dans les destinées de l'humanité. La première leçon qui traverse cette épître, c'est que les traditions, l'enseignement, les courants de vie d'une femme esclave apparaissent d'abord, et que les civilisations, les cultures libres dans le Saint-Esprit arrivent ensuite, après la longue épreuve d'une certaine stérilité.

Le Christ annoncera la même chose dans l'évangile de saint Jean : le voleur vient avant le bon pasteur (Jn 10, 2-10). Qu'est-ce que cela nous enseigne ?

L'histoire de l'humanité nous donne l'impression que l'athéisme, le scientisme ou d'autres mouvements, l'Islam même - dans un autre contexte - évoluent plus fortement que l'Eglise, cette femme libre, et nous, les enfants de Sarah, la femme libre, nous, les enfants héritiers du Royaume, nous qui avons accès à la liberté et à la connaissance divine, nous sommes stériles comme Sarah. Les gens faibles soupirent alors : l'Eglise est en retard ! Ils s'imaginent naïvement, comme des êtres nés d'une femme esclave, c'est-à-dire basés sur les lois de la nature et non sur les rapports avec Dieu et la Divine Trinité, dépourvus de toute la plénitude de la «liberté des enfants de Dieu» apportée par le Christ, ils s'imaginent, ces gens faibles, que leur avenir et l'Eglise même doivent presque disparaître, céder la place, qu'ils n'ont plus de force... Même à l'intérieur de l'Eglise, je dépiste chez quelques prêtres, sans parler des croyants, le sourire sceptique de Sarah s'écriant : Comment puis-je engendrer quelque chose de plus grand que ce qu'engendrent les autres femmes, puisque je suis stérile ? Que de fois des chrétiens, à l'intérieur de l'Eglise, disent : oui, mais l'œuvre du Christ est ratée, voilà deux mille ans qui ont passé, et on ne voit guère d'évolution ni de changement dans le monde. Avant-hier, je recevais encore une lettre d'un monsieur de Nantes qui m'écrivait : «Mon père, je suis reconnaissant pour les quelques pensées que j'ai lues dans votre revue mais, mon pauvre ami, mon cher monsieur, le Christ est mort il y a deux mille ans, Il a échoué». Les esprits forts pensent être intelligents...

Et regardez autour de vous, vous retrouverez chez un grand nombre les paroles suivantes : Oui, l'Eglise est très belle, mais elle est périmée. Je fais allusion, hélas, à ces églises qui se perdent, par exemple dans ce village de Seine-et-Marne, Orly-sur-Morin, où un prêtre vient deux ou trois fois l'an, et les gens, de ce fait, ne viennent même plus. C'est la France ! Et que dire de l'athéisme en Russie, du succès de tant d'autres doctrines... Si on comptait, si on faisait la statistique autour de vous, dans vos familles, y rencontreriez-vous deux croyants sur dix indifférents ou non-croyants ? Les chrétiens, semble-t-il, ont plutôt l'impression d'être «partis».

Cette atmosphère règne parce que l'on voit le monde comme le fils né d'une femme esclave ; et l'autre fils, non encore né, l'autre vision du monde, où sont-ils ?

En réalité, l'autre fils, l'enfant de la femme stérile de l'Ancien Testament, l'enfant de la promesse, est déjà né. C'est le christianisme, il est présent et se manifestera dans le monde entier, plus tard.

Dieu veut que l'humanité s'use d’abord par ses chemins, pour finir par réaliser ses pensées divines. Faites votre expérience, enfants de femmes esclaves puis, Moi, Dieu, je ferai mon expérience.

Quelle est la différence entre la civilisation née de l'esclave et celle née de la femme libre ? Saint Matthieu l'explique. Le Christ monte sur la montagne et dit aux disciples : on doit nourrir ce peuple venu pour M'écouter; et l'évangile ajoute : le Christ dit cela pour les éprouver. Qu'advient-il ? L'un répond : nous n'avons pas de pain, un autre affirme qu'il y a cinq pains, mais les disciples demeurent dans l'incrédulité. Leur esprit est celui de la loi de la nature, telle que nous la connaissons actuellement - disons que leur esprit est défaitiste. Comment peut-on nourrir des centaines de gens avec cinq pains ?

En quoi consiste l'épreuve du Christ ? Multipliera-t-Il les pains afin de montrer sa divinité, manifester qu'Il est le maître de l'univers, Celui qui a tiré toutes choses du néant ? Il peut aussi multiplier la matière de ces pains ; certes, Lui seul peut le faire. Non, c'est vous, pense-t-Il, qui devez agir comme Moi, multiplier les pains. Si J'ai accompli des miracles parmi vous, ce n'est nullement pour que vous M'admiriez, mais pour que vous M'imitiez. Et Il dira dans un autre passage de l'Evangile : «Si j’ai fait des miracles, vous en ferez de plus grands» (Jn 14, 12).

Pourquoi ne faisons-nous pas ces miracles ? Parce que nous vivons encore dans la civilisation de la femme esclave de la loi. Quand l'humanité arrivera-t-elle à imiter le Christ, augmenter la matière, marcher sur les eaux, transformer l'eau en vin ? Lorsqu'elle placera l'esprit au-dessus de la matière, non intellectuellement, mais vitalement. Lorsqu'elle renversera en elle la pesanteur de la réalité par l'esprit, considérant cette matière comme une chose «fragile» qu'elle puisse porter. Lorsqu'elle dira : la Croix est efficace et la loi est inefficace.

Nous sommes des chrétiens, c'est exact, nous sommes des croyants, c'est exact, mais la civilisation n'est pas encore chrétienne, elle n'appartient pas encore à la grâce, elle est encore femme esclave. Plus proche de la loi de la nature que de la grâce qui transforme cette nature, nécessairement elle croit plus à la matière qu'à l'esprit qui est plus puissant que la matière.

Combien elles sont chétives, toutes nos civilisations ! Elles en arrivent parfois à nous faire douter de l'expérience de l'Esprit de Dieu, à nous le faire nier ; il nous paraît, à nous, que l'Esprit est plus efficace. Car c'est nous qui mesurons ainsi : rappelons-nous que nous serons mesurés comme nous mesurons (Mt 7, 2).

Reconnaissons-le, mes amis, et pendant ce Carême, disons à Notre Seigneur Jésus-Christ : Seigneur, bénis sois-Tu de ce que nous T'avons connu, de ce que Tu nous as nourri de l'Eucharistie, de ce que Tu nous a sauvés, mais aie pitié de l'humanité. Aie pitié d’elle, pardonne-nous, car ton humanité est une pécheresse pleine de souillures. Elle vit comme une esclave cependant que Tu l'as libérée. Elle bâtit sa vie non selon Toi, mais selon le péché. Elle préfère la création au Créateur. Nous sommes fautifs. Pitié de nous ! Pitié de nous, les chrétiens ! Nous avons acquis la puissance et la grâce et nous, les fils de Sarah, nous nous conduisons comme les enfants d'Agar. Pitié de nous, car nous sommes libres, nous sommes puissants, et nous ne profitons pas de tes dons. Notre pensée est salie par une timidité d'êtres charnels, notre cœur est blessé par une froideur d'êtres charnels. Tout notre être, toutes nos actions sont loin de Toi. Prends pitié de nos civilisations, de nos Etats, de nos pensées, de nos philosophies, de nos universités et de nos efforts. Nous agissons comme des esclaves et non comme des enfants libres de la Jérusalem céleste. Nous enfonçons dans les eaux en place de marcher sur les eaux. Nous sommes privés au lieu de multiplier, nous sommes victimes au lieu d'être guérisseurs ; nous avons trahi. Nous avons été lourds, lents pour écouter ta Parole de puissance et nous avons perdu le temps. Nous perdons le temps car nous ne cherchons pas ta puissance, ta grâce, ta force et, en nous détournant de Toi, nous nous appuyons sur les fragiles choses de la création, déchue. Amen. 

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