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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 01:38

Ce cours du 13 janvier 1970 fut le dernier professé par Monsei­gneur Jean dans l'Institut Saint-Denys l'Aréopagite qu'il avait fondé en 1944, à son retour de captivité d'Allemagne. Il désirait développer cette étude des « Naissances et des Morts » pendant l'année académique 1969-1970. Il disait : « C'est un sujet peu connu, me semble-t-il, et il me faudra bien l'étudier moi-même avant d'en parler ». Etait-ce un pressentiment ? Peut-être Dieu avait-Il permis à son esprit de connaître ce que son âme voulait ignorer : sa partance de son Eglise bien-aimée.

Je traiterai un sujet, actuel par excellence dans notre monde spirituel et religieux, celui de la réincarnation et de la transmigration des âmes.

Avant la dernière guerre (1939), une statistique révélait qu'il y avait en Europe occidentale (Allemagne, France, etc.) quatre millions de croyants en la réincarnation, transmigration des âmes. Je ne ferai point d'historique détaillé. Cette antique croyance nous est venue des Indes ; on la trouve déjà au XIXème  siècle chez Schoppenhauer et elle s'épanouit ensuite chez nous par l'intermédiaire de la théosophie. Au début du siècle, Madame Blavatsky, une Russe habitant l'Angleterre, chercha à asseoir la « Société Théosophique ». Cette Société fut, curieusement, à la base d'un vaste mouvement — maintenant dépassé — couvrant nombre de pays, organisant des congrès, prolixe d'une immense littérature, géniale pour éditer des livres, propager des cercles...

Mme Blavatsky était exceptionnelle, disons : du point de vue magique. Il faut dire aussi que la Société Théosophique bien qu'athée était spiritualiste ; elle croyait à l'esprit et non au Dieu Créateur. Elle prit même part à une organisation athée d'Amérique, nommé « les quatre A » (marxisme, athéisme rationnel, j'ai oublié les deux autres) ; Mme Blavatsky était membre de cette organisation. Cette question n'est pas mon sujet d'aujourd'hui, mais ce sont Mme Blavatsky, Annie Besant et tant d'autres qui lancèrent un mouvement fort populaire, allant du concierge et du balayeur des rues à la haute société.

Leur doctrine professait entre autres l'enseignement hindou de la transmigration-réincarnation. Je me souviens avoir rencontré dans ma jeunesse beaucoup de ces « dames théosophes ». Elles étaient plus nombreuses que les hommes, un peu maquillées, gardant un aspect magnifique. Mar­chant spirituellement « sur la pointe des pieds », elles évoluaient toujours sur un plan élevé et dégageaient une force... assez forte, je dois l'avouer. Malheureusement, les grands Théosophes perdirent la raison avant de mourir ; Mme Blavatsky fut mise dans une maison de santé. Ils avaient voulu opérer avec des forces qu'ils ne connaissaient pas très bien. Le désir des pouvoirs ne donne pas vraiment les pouvoirs, on ne les possède pas, c'est l'histoire faustienne. Il y a d'ailleurs un genre de pouvoir aussi dangereux que la folie des Théosophes, c'est l'argent, autre forme diabo­lique. Il est curieux de constater qu'on relègue Satan seulement dans l'esprit, mais l'argent ! par lui l'homme devient le serviteur du diable, plus, son esclave et l'on voit les grands capitalistes ne vivre que pour acquérir, surveiller l'argent, disciplinés comme des ascètes, ne profitant pas de la vie.

Revenons à la Société théosophique. Son apparition à notre époque était normale. L'homme vit par réaction, et après la platitude du xixe siècle, siècle totalement horizontal, moral ou matérialiste, il ne pouvait que vouloir se dégager, acquérir l'indépendance de l'esprit, l'anti-matière si l'on peut s'exprimer ainsi selon le langage scientifique.

Le phénomène théosophique, très répandu au commencement du siècle, donna naissance à un schisme : l'anthroposophie de Steiner. Ce dernier, son fondateur, avait placé le Christ au centre. Il préservait une certaine notion de Dieu mais croyait aussi à la réincarnation.

Puis, déferla l'importante vague de l'hindouisme, des Maîtres hindous, du retour aux sources, des diverses éditions, traductions, explications, méthodes, etc. Si le monde occidental renferme beaucoup d'athées, de matérialistes ne témoignant aucun intérêt pour l'esprit et pour Dieu, — cela se propage même en milieu chrétien — parallèlement, il existe un vaste mouvement spiritualiste où la transmigration de l'âme et la réincarnation sont un dogme, bien qu'elles ne soient pas nommées ainsi.

Je tâcherai de vous donner la réponse chrétienne, mais avant de répondre vous devinez que deux sujets se dressent devant nous : justice et expérience.

L'injustice des Chrétiens : pourquoi l'un est-il heureux et l'autre misérable ? Pour quelle raison un enfant d'alcoolique, ne connaissant rien de Dieu ira en enfer après 60 ans de vie pénible ? Pourquoi moi, votre évêque, après des années d'efforts, n'ai-je pas fait grand chose! Nous vivons en moyenne soixante petites années, mal employées, nous ratons tous, plus ou moins, notre vie et puis, l'éternité ou l'enfer nous attendent ? C'est difficile à accepter. Alors, soudain, arrivent les Hindous. Ils vous disent : la justice ? Pas du tout \ Vous êtes malheureux, oui, mais vous faites des expériences, vous rachetez votre passé et, peu à peu, vous vous élevez vers la libération totale. Il est vrai que l'aspect justice est ressenti par les Européens beaucoup plus que par les Hindous. L'argument de la justice impressionne surtout l'Européen. L'Hindou médite devant Dieu et s'il voit mourir un enfant il songe : il meurt, mais il aura ensuite une autre vie. C'est nous qui sommes préoccupés de justice plus que de charité, une justice rigide, je dirai un peu biblique « œil pour œil », romaine — je parle de l'empire romain !

Le deuxième argument est l'expérience. Tout à coup, certaines gens découvrent qu'ils connaissent déjà le pays où ils arrivent, qu'ils ont vécu à l'époque de Louis XV, qu'ils se sont promenés avec Moïse dans le désert ; ils se sentent égyptiens, orientaux, ils reconnaissent ce qu'ils n'ont jamais vu — je supprime tout élément anecdotique. J'ai rencontré une tenancière de restaurant qui avait été prêtresse en Egypte. Quels péchés avait-elle dû commetre pour que trois mille ans plus tard elle soit redescendue dans un restaurant de la Côte ! C'était d'autant plus inattendu que la religion égyptienne n'accepte pas la transmigration. En général, avouons-le, il y a aussi un manque profond de culture dans l'humanité ; sitôt qu'une idée est en vedette, on déclare que tous y croient et c'est le cas de la transmigration, absente de l'Egypte — qui ne voulait que la survie avec toutes sortes de complications — ignorée de la Perse, sans parler de l'Islam. Quant aux Celtes, ils parlaient de trois vies, mais c'était bien autre chose.

La transmigration, enfin, est une des visions du monde, des rapports de l'âme et du corps, du destin de l'homme, une vision parmi les autres. Si je m'arrête sur elle, c'est en raison de son retentissant succès actuel, parce qu'elle est arrivée en Europe auprès de gens exigeants en justice et surtout parce que voyant l'injustice de la conception pseudo-chrétienne : si tu ne communies pas, tu iras en enfer, hors de l'Eglise, point de salut, on se sent lésé.

Maintenant que j'ai posé le problème, je vous rappellerai ce que j'ai avancé dans mes cours précédents sur la vie et la mort.

Voici l'essentiel : En premier lieu, ainsi que nous enseigne St Siméon le Nouveau Théologien — et il n'est pas le seul — c'est qu'il faut mourir pour naître et que nous naissons pour mourir. En réalité, nous commençons par la mort pour renaître, là se révèle la dialectique du monde dans le péché, hors du péché et dans le salut.

En second lieu, je vous disais aussi que si la naissance est divine, car le Verbe naît pré-éternellement du Père, qu'il n'y a point de mort dans la Trinité, ni au ciel, il y a néanmoins ce qu'on appelle l'abnégation, la « kenosis », le dépouillement de soi pour un autre : « Pas Moi, mais le Père ». La mort est une caricature d'une qualité sublime, la naissance est une image directe de la Proto-Image, de la Naissance pré-éternelle de Dieu, donc de la création du monde. Par contre, je le répète, la mort est une caricature ou : image par reflet, c'est-à-dire opposée, de l'abnégation, du dépouillement, du renoncement à soi pour l'autre.

J'ai ensuite exposé la question de la vision du monde que nous avons à présent et qui est faussée, car le corps et la matière — naissance, développement — sont éternels en soi. Ils n'étaient pas soumis à la mort, elle est venue comme une déviation. Au contraire, l'esprit est appelé à perpétuellement mourir, se donner, servir ; c'est la raison pour laquelle les anges sont nommés des serviteurs et non des maîtres, ils ne s'épanouissent pas. Avez-vous remarqué qu'ils ne naissent pas, que leur éternité réside en leur abnégation vis-à-vis de Dieu et vis-à-vis du monde cependant que notre éternité est dans la naissance et renaissance perpétuelles ?

Voilà les deux aspects. Le corps, actuellement, et même biologiquement ne devait pas mourir. La mort comme la maladie sont des accidents, de même que la vieillesse. Mais si le corps subit la mort, si la matière connaît la mort, l'esprit a subi une autre mort : l'orgueil, l'absence du dépouillement, du don de soi, il a voulu, à l'opposé, « vivre », d'où le péché de Satan. Je vous ai longuement expliqué cela et dans cette lumière j'examinerai le problème de la réincarnation avant de l'étudier sous un autre aspect.

 

La" réincarnation, en fait, ne contient pas le mystère de la naissance et de la mort ; inévitablement, il n'y a donc point de naissance pré-éternelle du Christ, ni de création. Qu'est-ce un bébé qui naît, aux yeux de ceux qui croient en la réincarnation ? Un esprit entrant dans le corps, ce n'est pas une re-incarnation, mais un rc-habillement, la re-introduction d'une réalité spirituelle en une enveloppe corporelle : il n'y a point le mystère de la naissance. Comme je rentre dans une pièce, l'esprit entre dans le corps. De même, il n'y a pas de mort parce que l'esprit n'a pas épousé le corps, ce dernier étant une période de ses expériences, de rachat, d'un « karma » au cours duquel il se réalise, puis se retire. Il faut savoir, en dehors de toute considération, que lorsque la question de la réincarnation est posée, du même coup le grand mystère de la naissance et de la mort est supprimé.

La naissance entraîne l'épanouissement, la création. L'enfant naît, développe sa vie, crée ; dans la réincarnation, l'esprit de dépouillement, de service ne peut exister métaphysiquement. Plus exactement, il n'y a pas l'Incarnation, au sens vrai, elle ne trouve plus sa place puisque ceux qui apparaissent pour nous enseigner endossent une enveloppe. Admettons la thèse que Bouddha, Moïse, Zarathoustra, Jésus-Christ, Mahomet nous annoncent ce que Dieu veut nous dire ; leur apparition ne sera rien d'autre que : Je ne puis vous voir personnellement, j'écris une lettre. Dieu prend des formes corporelles, II entre dans un corps pour annoncer, mais non pour s'incarner, pour justifier la matière et le corps, c'est bien différent ! On commet fréquemment une confusion : on veut souvent pla­cer Jésus parmi les autres, mais les autres ne se sont jamais incarnés, Bouddha ne s'est pas incarné, c'est un inspiré.

Le mot réincarnation est un terme faux, il faudrait dire réincorporation, car l'Incarnation est l'épousaille pour l'éternité de la matière. Le mystère des épousailles entre Dieu et sa création, le mystère de l'union de l'esprit et de la matière, et conséquemment de la résurrection, sont absents de la réincarnation.

Envisageons le cas classique du bouddhisme. Le bouddhiste se dépouille, se libère, mais il se dépouille et se libère de choses inférieures, des désirs, afin que son esprit échappe à ce qui le limite. La thèse de la révélation est que le supérieur se dépouille pour l'inférieur, c'est que Dieu se dépouille afin qu'existé le monde, que l'ange se dépouille pour nous servir, l'évêque se dépouille de ses qualités pour vous servir etc... le supérieur pour que l'inférieur grandisse. La matière et la vie ici-bas n'étant que contrainte et illusions dans la conception bouddhiste, la libération consistera à abandonner le monde, à le laisser s'évanouir afin que demeure seulement l'esprit. Il est intéressant pourtant de noter que beaucoup de paroles bouddhistes, brahmanistes sont aussi chrétiennes ; la méthode de libération du Bouddha peut s'appliquer ascétiquement aux Chrétiens, mais de quelle manière ? Elle peut être employée comme une étape dans l'état post-péché où la matière tyrannise l'esprit, comme instrument de la libération de la matière tyrannique, voire tyrannie des passions, des formes extérieures, de l'argent, des désirs charnels. L'ascète chrétien procède comme son confrère bouddhiste ou hindou mais il sait que ce dépouillement, cette libération ont lieu parce que le monde est déformé. Le Bouddha ne dit pas que le monde est déformé ; par le salut qu'il propose et apporte, il veut sortir du monde malade; l'accusation n'est pas pour lui conséquence du péché, elle est dans la matière et le désir, il ne connaît pas le péché. Discernez-vous la profonde différence ? Pratiquement, je conseille parfois de prendre des leçons chez les maîtres hindous, bouddhistes ou autres, elles faciliteront la délivrance de la pesanteur de la matière — l'apôtre Paul s'écriait : « Quand serais-je libéré de ce corps qui me pèse! » — elles procureront une attitude salvatrice pour obtenir une certain équilibre, une restauration de l'homme naturel car nous ne sommes pas naturels. Chez l'homme naturel, l'esprit devrait être immense et le corps porté par lui comme un bébé dans les bras d'un maître ou de sa mère. Malheureusement, en l'état actuel de l'humanité, le corps est la mère de notre esprit... qui n'est même pas un bébé mais un fœtus ou quelque chose d'infiniment petit. Du point de vue de la technique ascétique, les Hindous ont raison, à condition de ne pas pousser jusqu'au bout, sous peine de perdre le sens de la matière, de la naissance, de la mort et d'anéantir le mystère sotériologique de la mort et de la résurrection.

 

Je désire m'arrêter sur la mort et la résurrection. Si l'homme n'avait pas péché — le mot « si » est un peu stupide, néanmoins on peut poser ainsi la question — le Christ se serait malgré tout incarné parce que Dieu est devenu homme pour que l'homme devienne dieu. Il n'y aurait point d'amour de Dieu s'il ne S'était uni à celui qu'il aime. Je n'ai jamais connu deux êtres s'aimant non désireux de s'unir, même corporellement. Dieu se serait incarné même si nous n'avions pas péché. Il ne serait pas mort et ressuscité parce que la mort est le résultat du péché, mais la mort et la résurrection ne manifestent pas qu'un acte de rédemption, elles sont l'image, comme je l'ai dit, de quelque chose de plus profond parce que devenir homme est une forme de mort. Il a gardé Sa gloire et Sa divinité tout en les voilant, abandonnant Sa manifestation puissante. En toute théophanie est — comment dire — une certaine ténèbre, non de la chair, mais ténèbre de la retenue de Sa gloire et de Sa beauté. Certes, il y a toujours résurrection parce que lorsque Dieu se montre, l'être humain ressuscite, se réveille. Les prophètes étaient endormis, Moïse lui-même supplie Dieu : « De grâce, mon Seigneur, je ne suis pas beau parleur, ni d'hier, ni d'avant-hier, ni même depuis que Tu parles à Ton serviteur, car j'ai la bouche lourde et la langue lourde » (Gen. IV/10) et soudain Dieu répond : « Je serai avec ta bouche et Je t'enseignerai ce que tu diras », mais Moïse persiste : « De grâce, mon Seigneur ! » et Dieu met « les paroles » de Moïse dans « la bouche » d'Aaron. Un semblable phénomène se produit avec Ezéchiel, différents prophètes et dans toute vie mystique.

 

Il n'y à pas que la résurrection de la chair, chaque renaissance, chaque renouveau, faussement désignés par le mot : évolution, sont des morts et résurrections, car chaque pas en avant est la mort de quelque chose pour que l'homme ressuscite et s'épanouisse.

Le mystère de la mort et de la résurrection est inscrit dans la profondeur ontologique du monde et de la divinité même, non la naissance et la mort mais la mort et la résurrection. C'est un renversement.

L'enfant qui naît provoque en nous la joie et le trouble : crainte de la nature, du monde, tâtonnement et sentiment que c'est déjà le premier jour de sa mort, parallèlement au premier jour de sa vie. La parabole du Bon Samaritain dans cette optique est tellement significative ; le Bon Samaritain est le Christ, l'homme tombé entre les mains des brigands, c'est l'humanité dans le péché et le récit indique que l'homme était « demi-mort, demi-vivant ». Après le péché, nous sommes tous demi-morts, demi-vivants, nous le constatons dans la naissance de l'enfant. C'est pourquoi nous mourons dans le baptême afin de ressusciter pour l'éternité. Le bébé est plongé dans la mort — c'est toute la valeur du baptême du Christ — pour re-naître. Nous l'appelons « nouvelle naissance ».

Physiquement, nous naissons pour mourir, et si le péché n'avait pas eu lieu les enfants seraient nés par l'abnégation d'Adam et Eve — grand mystère devant Dieu — ils seraient nés pour l'éternité.

Revenons à la réincarnation. Elle contient des éléments positifs à ne point jeter par-dessus bord. Avant de les considérer, je veux répéter, souligner aujourd'hui un point : accepter la réincorporation, supprime la valeur absolue de la création qui ne devient qu'une apparence ou un instrument-un parapluie, un chapeau, un habit ou une marche. Le redoutable mystère de la naissance et de la mort, de la mort et de la résurrection, ces deux clés, ces deux yeux qui dans la profondeur nous ouvrent les réalités universelles, corporelles, physiques, spirituelles et mêmes divines, sont arrachées ou plutôt inexistantes.

L'heure a sonné, le moment est venu de m'arrêter. J'envisagerai pour finir le problème sous un de ses aspects de justice-expérience, sa partie réelle dans le « contexte » chrétien.

Auparavant, faisons une remarque. Nous n'avons pas hérité que du christianisme. Nous avons aussi, mes amis, l'héritage d'une bien mauvaise pensée des xvème  et xvème  siècles, le total oubli de la charge que l'être humain apporte avec sa naissance. Vous connaissez tous Rousseau...

 

La nature est bonne, c'est l'homme qui l'a déviée, l'enfant est tout à fait bon, ce sont la société et l'influence des hommes qui l'ont déformé. Rous­seau est le porte-étendard de cette école, et il n'est pas seul. Cette idée s'infiltra jusque dans le subconscient, l'enfant — jouant sur l'enfant Jésus — naquit table rase ; il devint un poupon magnifique naturellement. Pourquoi cette conception est-elle née ? Parce que le déisme du xvne siècle, avait tellement estompé Dieu qu'il ne fut plus utile. Ainsi que disait un bénédictin, confesseur de Louis XV, « Avec les philosophes, Dieu est devenu si lointain qu'il est inutile, et s'il est devenu inutile, II est devenu nuisible ». Quant au bénédictin, il devint athée.

Auprès de ce Dieu transcendant, indifférent ou absent, auprès de cet athéisme survivait une chose réelle : la nature ! L'être humain a la nécessité de quelque chose de pur, d'un quelqu'un parfait et comme Dieu n'était plus, la nature s'éleva pure et magnifique. Mais quand le monde va mal, on ne peut pas tout de même attribuer cet échec à la nature, c'est alors la faute de l'humanité, de la société, de la culture, de la religion, de l'Inquisition, de la monarchie, de la révolution, que sais-je ! Et dans ce climat s'ouvre la vision que l'homme, lui, vient au monde naturellement bon et parfait.

Non, non. Naturellement, nous venons sur terre chargés de passé. Tout le monde connaît l'hérédité terrible ou bonne, spectaculaire ou quelconque. Moi-même, suis sorti des entrailles maternelles en 1905, avec tout mon passé jusqu'à Adam. Il y a une expression significative : « En Adam, nous avons péché, en Christ, nous sommes sauvés. » Ce profond « en » biblique signifie : j'étais en lui. Nous étions tous en Adam d'une certaine manière, sinon nous retombons dans l'histoire des Encyclopédistes : « Pourquoi l'humanité a-t-elle été punie pour une pomme ? »

Saint Augustin a sur le péché originel des passages remarquables, complètement faussés ; on les a « triturés » parce que c'était un Africain possédant un langage parfois spécial et parfois aussi changeant un peu d'opinion d'un jour à l'autre, mais il était inspiré. Il sut admirablement parler du péché en Adam et du salut en Christ. Cette notion contient matière à réflexion même pour un biologiste.

Nous ne naissons pas que « fils à papa » ou « à maman » ou membre d'un arbre généalogique, nous remontons jusqu'à Adam à travers les siècles et arrivons ici-bas, chargés, « combinés ».

Nous avons, de plus, un défaut qui fut déjà celui de la scolastique lorsqu’elle déclare que l'esprit est totalement incorporel, a-matériel ; ce n'est pas vrai, l'esprit n'est pas aussi simple. Certes, il est absolument simple vis-à-vis du corps et encore plus simple vis-à-vis du psychisme. Le corps est quand même une construction, nous avons une tête et non dix, un nez et non deux, il est régi par une certaine harmonie liturgique, il dort, il mange, il marche tandis que notre psychisme réunit tous les monstres possibles et imaginables ; l'esprit, pour autant n'est pas simple cent pour cent, l'unique Esprit simple, c'est Dieu. Nous portons différents esprits, un Jean-Baptiste, par exemple, avait en lui l'esprit d'Elie auprès de l'esprit de Jean-Baptiste.

Nous cernons ici un nouveau problème différent de celui de l'être qui naît avec son passé et son avenir, nous touchons la transmigration mais en un contexte chrétien et, c'est l'admirable dogme, vous le devinez, de la « Communion des Saints ». Soyons reconnaissants dans le Christianisme aux Eglises latine et d'Afrique parce que ce sont elles qui ont surtout exprimé la Communion des Saints. L'expression elle-même : Communion des Saints, n'existe pas dans l'Eglise orientale.

 

A mon cours prochain, nous approcherons la complexité de notre naissance, de notre passé (et ce passé donne l'hospitalité à des expériences excessivement intéressantes) qui participe à la race, au peuple, à la collectivité (nous sommes membres de différentes collectivités) mais, en plus, il est composé d'une multitude de passés qui ne sont pas simples. Je pourrais comparer cette multitude de passés en notre âme à un troupeau de « mois » dont le « je », notre hypostase, serait le pasteur et parmi ce troupeau ressortent soudain des éléments dont l'un domine sur l'autre, l'esprit d'un Saint, l'esprit d'un ancêtre... ce qui frôle le problème de la réincarnation. Voilà, mes amis.

 

Loin des  proches,  sans public,

Sans pompe ni cymbales,

Je reçois

La succession apostolique,

Le Sacre Episcopal,

Dans la ville de Saint François,

Et mon cœur écarlate

De l'amour immense

Eclate

Pour l'Eglise de France.

 

San Francisco, 1964.

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