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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 23:54

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

C'est en vérité un maître incontestable de la vraie foi, de la vraie connais­sance, saint Denys l'Aréopagite !

J'hésite aujourd'hui ; m'arrêterai-je sur le passage des Actes des Apôtres, sur le propre texte de saint Denys que nous venons de lire, parlerai-je des anges car il est vraiment l'ami des anges ?

Elèverai-je votre esprit vers l'Inaccessible, vous entretiendrai-je de la vie intérieure qu'il nous a enseignée ?

Tous ces sujets sont grands, différents et cependant essentiels. Dans mon hésitation, écoutant le célèbre discours de Saint Paul devant l'Aréopage d'Athènes, soudain, une phrase que je sais depuis toujours m'a frappé ; parlant de ce Dieu inconnu qu'il est venu prêcher, l'Apôtre s'exclame : « En Lui est la vie, le mouvement et l'être ». La phrase est simple, inconditionnelle. Nous comprenons que tout est de Lui : notre vie, notre mouvement, notre être, que nous sommes « par Lui, de Lui, en Lui » ; par Lui, de Lui, en Lui sont le mouvement, l'évolution, le progrès. Tout progrès, toute transformation viennent de Lui et la vie vient de Dieu, du Dieu Vivant. Mais ce qui m'a frappé dans cette triade annoncée par l'Apôtre Paul en son discours — triade qui n'est même pas formellement biblique mais qui exprime une vérité profonde — ce qui m'a frappé, c'est la combinaison de ces trois mots et leur hiérarchie. En effet, la vie dans cette hiérarchie est placée au-delà du mouvement et de l'être, et par cela nous approchons l'enseignement de saint Denys.

L'être absolu, l'être sans défaut, l'être tout-puissant est un dieu de philosophe, un dieu que notre raison en quelque sorte peut saisir par le chemin positif, cataphatique, allant des choses imparfaites vers des choses toujours plus parfaites. Mais cet Etre absolu peut être la base de l'univers, la Source de l'être ; pourtant, ce n'est pas encore suffisant, il faut dépasser, comme dit saint Denys, le supra-essentiel, et je dois vous rappeler que lorsque Moïse entendit les paroles : « Je suis Celui qui est », ne pensez pas que Dieu dévoilait la profondeur de Son Etre, Son Existence et Sa Vie, non, II S'humiliait car son but était de donner la Loi.

« Je suis Celui qui est », mais Je suis plus que Celui qui est. Quand Dieu nous découvre : « Je suis le Tout-Puissant », II est plus que tout-puissant. Et lorsque l'on pense qu'il nous a donné Son Nom le plus sublime : Etre absolu, on commet une très grande erreur, car on s'imagine pouvoir saisir Dieu comme un objet de pensée. « Je suis Celui qui est », c'est-à-dire : Je suis aussi Celui qui est, mais : Je suis Vie !

Entre la Vie et l'Etre existent un mouvement, une transformation et dans chaque mouvement est un renouveau ; au-delà de l'être qui est statique palpitent ce mouvement, cette transformation, cette création. Et nous pénétrons ici dans la contemplation des mystères totalement transcendants à la raison logique.

L'Immuable se meut, l'Inconnaissable se fait connaître, l'Insaisissable se laisse saisir.

Comment parler alors d'un certain changement, d'un mouvement de l'Etre absolu qui ne peut changer ! En effet, nous voyons dans le mouvement une imperfection et pourtant lorsqu'il s'agit de l'Etre absolu, abstrait, personnel, nous avons l'impression d'être parvenus au sublime, de plonger en cette abstraction statique, magnifique. Au fur et à mesure que nous comprenons qu'il est Créateur, Sauveur, Rédempteur, qu'il est, qu'il agit

— mouvement — nous sommes saisis d'étonnement, si nous sommes rationnels et nous reculons dans notre assurance de connaissance intérieure. Derrière ce mouvement, ces créations, nous apercevons quelque chose de supérieur. « Tu es Dieu, Tu es le Fils du Dieu vivant », dit l'Apôtre. Ce n'est pas l'émanation d'un Etre absolu, ni le reflet de quelque perfection, c'est le « Fils du Dieu vivant ».

Que signifie : vivant ? Cela représente pour nous une notion biologique, changeante, mortelle, quelque chose qui vit, se transforme. Dès que nous sommes devant la vie, nous ne remarquons pas qu'elle est supérieure au mouvement et que dans cette vie est Celui qui est immuable, au-delà de toute perfection. Dieu qui est cherche notre amour. Dieu qui est vivifie ; notre intelligence s'arrête, nulle pensée ne peut saisir... La stupeur où soudain toute connaissance intellectuelle ou affective disparaît dans le silence nous envahit, et nous n'avons plus qu'un gémissement intérieur pour avoir touché des béatitudes intouchables, vivantes. Cela ne peut s'exprimer que faiblement, difficilement et dans ce silence de notre intelligence, dans ce dépassement, nous découvrons que s'il est vivant, conscient, personnel, en tout et hors de tout, c'est que Lui-même nous laisse contempler qu'il est Un en Trois Personnes.

Comprenez bien ma pensée : si nous demeurons dans le plan que l'on appelle « ontologique » — et ce fut le défaut de saint Thomas d'Aquin quand il reprit à la lettre : « Dieu est Etre parfait » — imperceptiblement, en face de Dieu et de tous les mystères de notre salut, nous devenons des rationalistes, c'est-à-dire donnant plus de confiance à la pensée abstraite qu'à une réalité indéfinissable, et ce faisant, nous nous éloignons de la théologie vivante.

Combien je voudrais que ceux qui apprendront la Théologie, en n'importe quel domaine, ne se fixent pas sur des conceptions, mais que les acceptant, les surmontant, ils parviennent au silence et aussi à la crainte qui est l'amour audacieux de Celle qui échappe à toute définition : la Divine Trinité! Amen.

Octobre 1968 - Fête de Saint Denys.

 

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