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23 novembre 2022 3 23 /11 /novembre /2022 01:37

 

Lors de sa première venue à Bénarès en 1916, Gandhi se rendit au Vishwanath Mandir, temple dédié à Shiva, le Seigneur des mondes.

Sa déambulation dans la ville sainte fut un vrai choc et, quelques heures plus tard, le Mahatma déclara à son auditoire médusé : « Si un étranger découvrait ce noble temple et qu’il devait considérer ce que nous sommes en tant qu’hindous, ne serait-il pas en droit de nous condamner ?

(…) Est-il juste que les allées menant au temple sacré soient aussi sales qu’elles le sont ? (…) Si même nos temples ne sont pas des modèles de propreté, à quoi bon être libérés du joug britannique ? »

Durant des décennies, les abords du sanctuaire furent tout aussi chaotiques mais les paroles du père de l’indépendance ne sont pas restées lettre morte.

En décembre 2021, le premier ministre Narendra Modi a inauguré un imposant corridor reliant le temple au Gange par une série de parvis monumentaux.

Pour ce faire, il a fallu détruire des centaines de maisons, mettant ainsi terme à un monde ancestral où, dans un labyrinthe de ruelles étroites, se croisaient les prêtres hindous, les étudiants des écoles védiques, les foules colorées de pèlerins, les petits marchands et les troupeaux de vaches…

L’agrandissement du Vishwanath Mandir est l’un des nombreux travaux de grande envergure décidés récemment par le gouvernement indien.

En des lieux particulièrement marqués de douloureuses blessures de la mémoire, tel Ayodhya non loin de Bénarès, il s’agit de reconstruire des temples jadis détruits par les gouvernants musulmans afin d’édifier des mosquées que les soubresauts de l’Histoire ont ensuite emportées.

Alors que les ingénieurs et les artisans s’activent dans les chantiers, il est bon de méditer sur le lien étonnant que certains hindous entretiennent avec leurs temples, lieux où se donne à voir l’Absolu matérialisé sous l’effigie d’une divinité tels Shiva, ­Vishnou ou encore la Devi.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, nombre de fidèles ne se rendent jamais ou très rarement dans les sanctuaires – ce fut le cas de Gandhi durant sa carrière politique.

Pour les plus mystiques, une justification est apportée par les paroles du sage Saraha : « Là, dans mon corps, se trouvent le Gange et la Yamuna, là sont Prayag et Bénarès, là sont tous les lieux sacrés.

Je n’ai jamais vu de lieu de pèlerinage et de félicité pareil à mon corps. »

Au XIIe siècle, alors que le sud de l’Inde se couvrait d’édifices impressionnants, les lingayats cessèrent d’entrer dans les temples pour adorer Shiva, manifesté dans le shiva-lingam, pierre caractéristique de forme phallique.

Les adeptes de ce mouvement réformateur préféraient porter autour du cou un minuscule lingam et vénérer la divinité présente dans leur cœur.

En des vers immortels, leur fondateur Basavanna a rappelé pour toutes les générations à venir où se trouve le sanctuaire véritable : « Le riche bâtit des temples pour Shiva, mais que puis-je faire, moi le pauvre homme ?

Mes jambes sont des piliers, mon corps est le saint des saints, ma tête une coupole d’or.

Écoute, ô Seigneur des confluences, ce qui est stable tombera, mais ce qui est toujours en mouvement demeurera à jamais. »

Par Yann Vagneux

Prêtre des Missions étrangères de Paris vivant en Inde (1)

(1) Auteur de Chemins de prière. Méditation d’un prêtre des Missions étrangères de Paris, Magnificat, 96 p., 19,90 €.

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Published by Unis dans l'Amour de Dieu - dans A méditer

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