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23 février 2020 7 23 /02 /février /2020 00:08
La lettre de Béthanie N° 166

 

Gorze, février 2020

 

Chers amis,

Le fondateur de Béthanie le père Alphonse Goettmann est né au ciel dimanche 26 janvier 2020 au petit matin, jour de la Résurrection. Cette lettre, qu’il a créée en 2004, lui sera donc consacrée et je vais lui laisser la parole :

 

La mort n'est pas seulement l'horreur de notre fin dernière et définitive ici-bas, mais elle est notre état actuel : nous sommes dans la mort. La mort est dans l'instant présent, à peine en ai-je pris conscience que déjà il n'existe plus !

 

Chaque seconde meurt pour être remplacée par une autre et quand je me trouve devant le pendule d'une horloge, je vois la mort engloutir le temps et porter atteinte à ma vie d'un battement à l'autre.

 

Je suis en train de disparaître. Déjà sont morts en moi le nourrisson, le bébé, l'enfant, l'adolescent, le jeune, et l'adulte que je suis creuse ses rides de jour en jour...

 

Vieillir et mourir c'est bien la même chose ! On meurt tout le temps, puisque mourir c'est perdre la vie et que nous la perdons jour après jour.

 

Tout ce que la vie construit, la mort le détruit aussitôt et l'on pourrait dire: dans le même souffle. Mon inspiration n'est pas encore terminée que déjà l'expiration s'en empare, et cette étrange réalité s'inscrit en tout ce qui vit.

 

Il n'y a rien qui vive où la mort ne soit permanente. On peut même dire davantage et cela sera d'un grand enseignement pour nous : plus je consens à l'expiration, donc à la mort, meilleure sera l'inspiration, donc la plénitude.

 

Et j'observe qu'inspirer et expirer sont un même acte qu'on appelle respiration. Vivre pleinement ne serait-ce pas inséparablement et en même temps mourir?

 

Quoi qu'il en soit, l'homme plongé continuellement dans la mort ne se pose évidemment qu'une seule question, consciente ou inconsciente : comment en sortir, existe-t-il une libération ?

 

Voilà le dénominateur commun de tous nos problèmes et de toutes nos angoisses, voilà aussi le motif dernier de tout ce que nous faisons, quelle que soit notre initiation ; « que je pèle des pommes de terre ou que je construise des cathédrales », là n'est pas l'important, mais dans le fond identique de toute action, à savoir : je ne veux pas mourir...

 

C'est à l'intérieur même de cette question aussi vieille que l'homme, qu'éclate l'événement de la nouveauté radicale et bouleversante du christianisme.

 

Les Églises l'ont souvent occulté, voire trahi au cours de l'histoire; il leur appartient aujourd'hui de revenir à l'évidence première qui les constitue. Il ne s'agit pas pour elles de réformer le monde mais de participer à sa recréation.

 

En effet, au sein du monde elles sont le premier espace ouvert sur la métahistoire, là où tous les phénomènes prennent leur source créatrice et sans laquelle il n'y a précisément pas de réforme vitale, mais seulement mort qui engendre la mort.

 

Contrairement à sa vocation, l'Église est mère-tombeau chaque fois qu'elle voile ce mystère pour ne s'intéresser qu'à la dimension horizontale de l'humanité et à sa transformation sociologique.

 

Et quel est ce mystère, quelle est l'unique réponse à l'unique question de l'homme ? Elle est révélée « dès la fondation du monde et manifestée dans les derniers temps » avec éclat et magnificence : la présence du Christ ressuscité au cœur de toute réalité, de tout événement et de toute personne (1 P 1,19).

 

Là se trouvent « le premier et le dernier » mot de tout ce qui est vivant, le secret « détenant la clef de la mort » (Ap 1,17).

 

Hors de la transparence à cette vérité, il n'y a dans l'histoire et dans notre vie personnelle que chaos indéchiffrable, enfer tragique du non-sens et échec assuré de ce que nous appelons « vivre »...

 

Vivre n'est rien d'autre qu'aimer et être aimé : c'est sur cette fondation justement qu'est construit le monde ! Dès la genèse première des choses, Dieu crée tout par sa Parole, son Verbe : « Il dit et cela est » (Gn 1), donc tout ce qui m'entoure ici et maintenant, puisque la Création se poursuit à chaque instant, est une Parole que Dieu m'adresse, Il se dit à moi à travers toute chose et sa Parole est vivante en toute réalité.

 

Nous ne sommes pas dans un monde d'objets, et nos rapports avec eux ne peuvent pas être purement fonctionnels : exploitation, organisation, rapports de propriétaires inconscients...

 

Cette attitude prouve bien que nous sommes coupés nous-mêmes de notre propre Source intérieure, ce qui fait de nous des mortifères, nos rapports véhiculent la négation et la mort, l'ennui et l'aliénation, le jugement et la violence sous toutes ses formes.

 

Notre environnement, réduit à sa pure extériorité, perd pour nous son identité et sa profondeur, il ne s'offre plus qu'à la consommation, donc à la rivalité et aux rapports de force.

 

Dans ce monde la guerre succède à la guerre et les révolutionnaires aux paisibles mais irresponsables consommateurs...

 

Les uns creusent les tombeaux des autres dans une vie devenue un grand cimetière dont la puanteur trahit toute la création.

 

C'est la chute continuelle de l'homme dans le jeu du Diable, au sens propre : le Diviseur, le Séparateur, Celui qui rapte à l'homme le ciel, son mystère et sa profondeur, pour le jeter dehors, hors de lui, dans les ténèbres...

 

Au sein de cet exil, la vie est un combat contre la mort à tout moment, une prise de position où la liberté de l'homme s'engage sans cesse.

 

Dans cette vision il se dépouille de l'inutile et se donne un axe de travail autour duquel se focalisent toutes ses énergies : sa seule aspiration c'est de faire la percée vers son au-delà au fond de lui-même, oublié et perdu ! Là il retrouve le noyau de la création qui est Présence…

 

Il n’y a qu’une manière d’aimer, c’est de mourir d’amour. Notre refus constant de mourir fait de nous des êtres sans amour et sans vie. En occultant la mort, on occulte la vie, car les deux sont un. Comme disaient les Anciens : « C’est de la mort que jaillit la vie. »

 

La lettre de Béthanie

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