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7 février 2019 4 07 /02 /février /2019 00:08
la Joie et la fausse religion

 

 

Mardi, 12 octobre 1976.

Le commencement de la « fausse religion » est l’incapacité de se réjouir, ou plus exactement le rejet de la joie.

Cependant, la joie est absolument essentielle, car elle est le fruit indubitable de notre perception de la présence divine. On ne peut savoir que Dieu existe, et ne pas se réjouir.

Ce n’est que par référence à la joie que la crainte de Dieu, le repentir et l’humilité sont justes, authentiques, féconds. Si l’on reste en dehors de la joie, ils deviennent facilement « démoniaques », ils dénaturent en profondeur l’expérience religieuse.

La religion de la peur, la religion de la fausse humilité, la religion de la faute, tout cela n’est que le fruit de la « séduction », de la tentation.

Combien elle est puissante, cette tentation, non seulement dans le monde, mais aussi au sein de l’Église !... J’ignore pourquoi, chez les « croyants », la joie est toujours objet de suspicion.

Or la source principale, la source primordiale de toute chose, est contenue dans ce verset « Mon âme aura la joie en l’Éternel... » La crainte du péché ne sauve pas du péché. La joie en l’Éternel, sauve.

Le sentiment de la faute, le moralisme ne « libèrent » pas. La joie est le fondement de la liberté dans laquelle nous sommes appelés « à demeurer fermes’ ».

Où, quand, comment cette « tonalité» du christianisme s’est-elle estompée, ou plus exactement, où, quand, comment les chrétiens ont-ils été frappés de surdité à son égard ?

Comment, quand, pourquoi, au lieu de laisser partir libres ceux qui étaient tourmentés, l’Église a-t-elle commencé avec sadisme à les intimider, les terroriser ?

Et voici que les gens viennent sans relâche me demander un conseil (aujourd’hui, depuis sept heures trente du matin, et il est dix heures : des conversations sans fin ; au total, il y avait quatre personnes avec des problèmes, sans compter les demandes pour de prochains rendez-vous).

Quelle faiblesse, ou quelle fausse honte, m’empêche de dire à chacun : « Je n’ai aucun conseil à vous donner. Il n’existe que cette joie faible, vacillante, mais qui, pour moi, est une certitude.

La voulez-vous ? » Ils n’en veulent pas. Ils veulent parler de « problèmes », se perdre en pur bavardage pour voir comment les « résoudre ».

En vérité, il n’y a jamais eu de plus grande victoire du diable dans le monde que cette « psychologisation » de la religion. Pour preuve : on trouve tout ce que l’on veut dans la psychologie ; une seule chose lui est absolument impossible, impensable et inadmissible la joie.

Mercredi, 13 octobre 1976.

Ce matin : matines, confessions, cours, à nouveau confessions, rendez-vous. Selon moi, Dieu pardonne tout sauf cette « absence de joie » qui consiste en l’oubli que c’est Lui qui a créé le monde et l’a sauvé...

La joie n’est pas un des appointments [« composantes »] du christianisme, mais sa « tonalité » intrinsèque qui imprègne tout : la foi et la vision du monde. Là où il n’y a pas de joie, le christianisme, de même que la religion, se transforme en « peur », et par conséquent en souffrance.

Car, même en ce qui concerne la chute du monde (terme médian de ma triple intuition : Création – Chute – Salut), nous n’en avons connaissance qu’à travers la « création et le salut » du monde, accomplis par le Christ.

Et les lamentations sur la chute ne suppriment pas la joie qui finit toujours par faire surgir « en ce monde » une « tristesse lumineuse ».

« Le monde d’ici-bas » se divertit, mais il est justement sans joie, car la joie (à la différence de ce que les Américains appellent le fun) ne peut venir que de Dieu, d’en haut.

C’est pourquoi le christianisme est entré dans le monde comme étant la joie : non seulement joie du salut, mais salut en tant que joie.

Réfléchissons un peu : chaque dimanche, nous « partageons les agapes » avec le Christ, nous sommes « à sa table, dans son Royaume », et ensuite nous nous plongeons à nouveau dans « nos problèmes », dans la peur et la souffrance...

Dieu a sauvé le monde par la joie : « Votre tristesse se changera en joie », « et nul ne vous ravira votre joie » [Jn 16, 20 ; 22].

Dimanche, 26 décembre 1976.

Nativité du Seigneur. Joie dans toute sa plénitude. Les offices, l’arbre de Noël avec tous nos petits-enfants, et aujourd’hui, en plus, nous nous sommes réveillés sous un manteau de neige, mais le soleil est éclatant, le ciel resplendit, et dans nos cœurs c’est la fête...

Confessions, « entretiens ». La force du péché n’est pas dans la tentation du mal évident mais dans l’enchaînement de l’âme par toutes sortes de vétilles, de passions minables, dans l’impossibilité pour elle, pour notre âme, de « respirer le ciel sans entraves... » [vers d’un poème de Vladislav Khodassevitch].

Mais pour combattre cet état, il ne suffit pas d’inviter seulement à la prière, à la piété. Même la « piété » peut être et se révèle souvent mesquine, et la prière – égocentrique.

C’est toujours la même question : sur « le trésor du cœur », sur ce qu’est la joie... Sans la joie, la piété et la prière sont, pour ainsi dire, privées de la grâce, car leur force est dans la joie.

La religion est devenue synonyme du « sérieux » incompatible avec la joie, c’est pourquoi elle est si faible.

On exige d’elle des réponses, la paix, un sens, alors qu’elle n’existe que dans la joie.

C’est là sa réponse qui inclut toutes les réponses.

Alexandre Schmemann, Journal (1973-1983),
éditions des Syrtes, 2009. 925 p.

 

 

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