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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 23:06

 

Il prend sa source directement dans la matrice des Pères du désert dont les pratiques et expériences de la prière en Dieu furent rapportées en Occident par un moine dont l'origine est objet de questions, mais mourut à Marseille Jean Cassien (360-433)35 qui est sans doute le plus latin des Orientaux et le plus oriental des Latins. Ce christianisme prend aussi sa source dans les propos d'Augustin, mais qui furent progressivement sur ce point, oubliés.

Un autre personnage assez mystérieux est aussi capital pour l'évolution postérieure de cette vie dans l'intériorité chrétienne. Il s'agit de l'auteur désigné sous l'appellation de Pseudo Denys l'Aréopagite. On le confondit au départ avec la personne de Denys qui était présent lors de la venue de l'apôtre Paul à l'Aréopage d'Athènes et qui serait selon la tradition devenu le premier évêque d'Athènes et selon la légende le premier évêque de Paris. Cet auteur inconnu est probablement un moine syriaque du cinquième siècle. Les écrits du Pseudo Denys introduits en Occident sous Charlemagne ont connu une fortune extraordinaire. Sa théologie témoigne de l'approche mystique dite négative, traditionnelle dans le christianisme oriental. Les textes de Denys sont avec les textes d'Augustin, de Cassien, des Pères du Désert et d'autres Pères grecs comme OrigèneGrégoire de Nysse et Maxime le Confesseur à la base de 17 siècles de vie contemplative chrétienne, y compris dans le monde latin.

Une longue histoire commença alors qui continue jusqu'à ce jour sous des formes très diversifiées suivant les époques. Dans cette rubrique de synthèse, il s'agit de tracer les grandes lignes de ce qu'était la compréhension et la pratique de l'homme intérieur dans le christianisme occidental. Les personnes citées ici, ne le sont qu'à titre exemplatifs ou illustratifs et renverraient, pour une complète information, à un descriptif spécifique.

Il se dégage, dans les presque 15 siècles qui vont de Jean Cassien à notre époque, deux grandes sensibilités qui ont eu d'innombrables visages, mais qui ne s'excluent pas mutuellement, car ils représentent en fait, les deux faces d'une même démarche.

 

  • Une recherche de l'intériorité dans un dialogue de type « épithalamique », à savoir le passage par un dialogue de type amoureux entre l'homme et son créateur dans l'héritage du Cantique des Cantiques. Dans ce jardin clos où se rencontrent puis s'unissent deux amants ou aimants, une relation élargie se crée avec le Christ pour se transmuter ensuite à une dilatation infinie. Dans ce lignage se profilent des textes variés de Bernard de Clairvaux (1090-1153), de la béguine flamande Marguerite Porète (1250-1310), de Jean de la Croix (1542-1591) et de bien d'autres.
  • La voie de l'union à Dieu passant par le désert intérieur. Son plus illustre représentant en est Maître Eckart (1260-1328), mais il faut citer ad minima, des rhénos-flamands comme Jean Tauler (1300-1361) et postérieur au Moyen-Age, Angélus Silésius (1624-1659);ou Jean de Bernières (1602-1659). Leur caractéristique commune est un grand renoncement, radical, voire racinaire. L'homme détaché ou l'homme noble, dans le langage de Maître Eckart, est celui qui a renoncé à tout, même et à toutes ses certitudes sur Dieu. L'homme entre alors dans «  l'empreinte du désert », dégagé des langages et des formes religieuses instituées, détaché de tout, il se livre à l'amour de Dieu. Il n'y a ici ni refus de tout langage ou de toute forme instituée mais dans la logique de la théologie négative, dépassement de ce qui dans un premier temps a été vécu et dit. On rejoint ici comme l'on bien perçu certains auteurs dont Vladimir Lossky, les fondamentaux de la théologie apophatique byzantine36.

Ces deux expériences de l'intériorité se croisent dans les évolutions de vie des spirituels chrétiens. Elles ne s'opposent pas, mais constituent le plus souvent des temps de vie différents, désert et amour se mêlent étroitement dans la tradition chrétienne. Les textes de Marguerite Porete, flamande et de Saint Jean de la Croix, du grand siècle espagnol illustrent la fécondité de ces deux sensibilités qui s'entremêlent. La collection Apogée de la théologie mystique en Occident publiée aux éditions du Cerf sous la direction notamment d'Anne Marie Vannier, professeur à l'université de Lorraine constitue une documentation capitale sur la mystique médiévale et rend bien compte de ces deux démarches37.

Il convient de citer la place particulière de Jean de Bernières (1602-1659), membre du Tiers ordre séculier de Saint François. Ses disciples utilisent largement le terme de christianisme intérieur très usité au xviie siècle. Le mot fit fortune à partir d'un livre dont le titre « Chrétien intérieur » fut édité après sa mort à partir de sa correspondance et de notes de conférences. L'ouvrage imprimé à 30 000 exemplaires est le plus gros tirage d'un ouvrage de spiritualité au xviie siècle. Mais les écrits de Jean de Bernières furent condamnés au moment de la crise liée quiétiste comme ceux de Benoît de Canfield, de Jean-Joseph Surin. Un colloque organisé par le Centre d'Etudes Théologiques de Caen en mai 2009 sur Jean de Bernières et les publications de Dominique et Muriel Tronc, de Dom Eric de Reviers, de Jean-Marie Gourvil ont permis de redécouvrir cet auteur important dans l'histoire mystique du Grand Siècle.38,39,40.Ces condamnations furent suivies de celles de Mme Guyon, Fénelon et de tant d'autres. C'est cette période que le grand historien Louis Cognet a décrite comme le crépuscule des mystiques.

Le xviiie et le xixe siècle virent le déclin puis la quasi-disparition de ces mouvances de l'intériorité chrétienne. La place était désormais au moralisme né sous l'influence du jansénisme et du rigorisme catholique. Les ouvrages plus historiographiques décrivant cette évolution au sein des grandes familles spirituelles décrivent au sein de celles-ci les évolutions "négatives" et les résistances voir l'article sur le franciscanisme de JM Gourvil cité note 32 et l'excellent ouvrage de l'historien protestant sur l'ensemble des congrégations de l'École française: Yves Krumenacker41.

Le xxe siècle voit un retour de cette mémoire oubliée de cette tradition contemplative de l'homme intérieur. Des figures très diverses marquent cette remontée aux sources premières du christianisme. On peut mentionner des références comme Thomas Merton (1915-1968), John Main (1926-1982), et toujours très actifs actuellement, Laurence Freeman(1951) 42,43 et Thomas Keating (1923)44. D'une façon très concrète, l'on voit se développer dans le monde catholique des pratiques contemplatives, comme la lectio divina (lecture méditative de l’Écriture), ou encore des inclinations à une pratique chrétienne méditative dégagée des codes habituels du catholicisme romain. Dans le sillage de John Main s'est mise en place une Communauté Mondiale des méditants chrétiens45. Leur pratique quotidienne est, dans l'héritage des pratiques méditatives des Pères du désert, de se mettre deux fois par jour en position de silence en s'appuyant sur le Maranatha (ou viens Seigneur), ancien mot araméen cité dans l’épître de l’apôtre Paul aux corinthiens (1,Co,11,22).

L'un des témoignages contemporains les plus nets de cette évolution est Maurice Zundel (1897-1975)46,47,48dont l'axe de travail et de vie était ce qu'il appelait l’Évangile intérieur. Simone Pacot (1946) œuvre dans un sens très voisin en insistant sur ce qu'elle nomme «évangélisation des profondeurs ». Dans une approche renouvelée de la liberté chrétienne, elle insiste sur la pacification de l'être humain en incarnant, au plus profond de notre vie, la parole évangélique.

Une évolution intéressante, dans ces mutations en cours du catholicisme actuel se trouve dans les paroles d'Henri Le Saux (1910-1973) pour qui les Églises et les religions appartenaient à l'ère néolithique qui s'achève. Ces propos rejoignent ceux d'Alexandre Men (1912-1990) qui, de l'intérieur du monde orthodoxe, disait que les chrétiens avaient une lecture néandertalienne de l’Évangile.

Il semble que l’Église catholique redécouvre de nos jours son propre héritage mystique après des siècles de pratique dogmatique et normative. Les réformes initiées par le Pape François, bon connaisseur des mystiques, semblent constituer un tournant sur ce point.

 

source : http://www.christianisme-interieur.org/

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