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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 05:49
Jésus raconté par le Juif errant

Je viens de relire un ouvrage oublié d’un auteur oublié : Jésus raconté par le Juif errant, par Edmond Fleg (n. éd. Paris, Albin Michel, 1993, entre 15 et 20 € dans les librairies d’occasion ), tous deux fort injustement.

 

 

Qui était Edmond Fleg ? Un des plus brillants représentants de la communauté juive d’entre les deux guerres, et même d’après, puisqu’il mourut en 1963 à presque 90 ans. Poète, dramaturge, romancier, librettiste d’opéra, essayiste, critique littéraire et dramatique, anthologiste, maître à penser de toute une génération d’intellectuels juifs de France, d’Afrique du Nord et même d’Israël, initiateur du scoutisme juif, fondateur avec Jules Isaac en 1948 de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, sa réputation fut considérable. Parmi ses très nombreux ouvrages, il faut absolument citer uneAnthologie juive des origines à nos jours (1ère éd. 1923, nouv. éd. complétée Paris, Flammarion, 1951, plus. rééd.) dont nul, s’il s’intéresse au judaïsme, ne peut faire l’économie.

 

Et puis ce Jésus raconté par le Juif errant, dont la première publication date de 1933 et la dernière, complétée après l’expérience de la guerre et de la Shoah, de 1953. Il fit à l’époque (qu’il faut se remémorer : l’arrivée au pouvoir du nazisme, un antisémitisme quasi institutionnel) l’effet d’un tremblement de terre. Entre juifs et chrétiens il y avait un double refus, un double tabou. Pour la première fois, écrit dans sa Préface le rabbin Josy Eisenberg, quelqu’un eut une « incroyable audace : parler du Juif Jésus aux Juifs, et de Jésus le Juif aux chrétiens » (p. I).

 

Ce « roman théologique » est, je n’hésite pas à le dire, un petit chef d’œuvre. Il l’est d’abord par la langue et le style, qui sont d’un conteur inspiré. Et aussi par l’inspiration, justement. Fleg s’empare d’une vieille légende médiévale antisémite, et la retourne, tout simplement. Dans la légende, le Juif en question est condamné à errer sans trêve pour avoir refusé un verre d’eau à Jésus titubant sous sa croix et lui avoir craché dessus. Dans le roman, ce Juif est le paralytique guéri par Jésus, qui donc, fasciné par lui, se met à le suivre partout où il va, et, tout en ne cessant de s’interroger : qui est-il vraiment ?, est rempli d’amour pour lui, au point même de chercher à le sauver du piège tendu par Judas (qui n’est pas l’homme tout d’une pièce que l’on se représente). Lors du portement de la croix auquel il assiste en spectateur bouleversé, Jésus lui demande de l’aider ; et s’il refuse, c’est parce qu’on lui annonce que deux de ses cousins ont été pris dans une rafle ordonnée par Pilate : il court, ne les retrouve pas, jusqu’à ce qu’il découvre que les deux « larrons » condamnés au supplice de la croix avec Jésus, ce sont eux !

 

Il doit donc errer jusqu’à la consommation des temps, non par punition, mais parce que lui, Juif, doit être le témoin perpétuel de Jésus. Comme l’a bien dit le rabbin Josy Eisenberg, ce Juif errant est tout uniment la figure d’Israël.

 

Pourquoi le présent billet ? pour redonner envie à ceux qui le liront de découvrir ou redécouvrir Edmond Fleg, grand serviteur de l’amour entre les deux Israëls.

 

J’ai choisi de citer un passage vraiment prophétique (n’oublions pas qu’il a été écrit en 1933) :

(Il s’agit de la montée au Calvaire, pp. 273-274) :

 

« Maintenant la montée commençait… D’abord les cavaliers… Oui, les cavaliers… Puis l’homme qui soufflait la trompette, avec l’autre, qui criait au coin des rues :

 

-- On va mettre en croix Jésus de Nazareth ! on va mettre en croix le Roi des Juifs !

 

Puis ceux qui portaient les chevilles, les clous, les marteaux… Puis lui, avec sa croix, au bout de ses cordes… Puis l’homme qui portait l’écriteau… Ensuite les deux autres, que je ne voyais pas, et, derrière, la foule qui hurlait :

 

-- Blasphémateur !... Sorcier !... Faux Messie !

 

De toutes les terrasses, de tous les toits, des sifflets, des huées… Et ces enfants, dont il avait dit : « Laissez venir à moi les petits enfants… » ils venaient à lui, les petits enfants : ils lui lançaient des pierres !... Et lui acceptait ! Pour le salut du monde ! Pour la paix du monde !

 

Regardez Jérusalem : ces ténèbres, qui se battent avec ces ténèbres ! Eglise contre Mosquée, Mosquée contre Eglise ; Eglise et Mosquée contre Synagogue ! Et, dans la Synagogue, Aschkenazim contre Sefardim ! Dans la Mosquée, Hachémites contre Waabites ! Dans l’Eglise, Romains contre Orthodoxes, Arméniens contre Coptes, Luthériens contre Calvinistes, Anglicans contre Presbytériens ! Et, tout autour, sur tous les continents, usines à canons, à mitrailles, à torpilles ! Usines à microbes, à gaz asphyxiants ! C’était pour cela qu’il montait au Calvaire ! pour ce salut du monde, pour cette paix du monde ! »

 

Après cela, n’est-ce pas, tout commentaire est superflu…

 

 

 

Publié par + JFV

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